Entre Japon, aquarelle et écriture de haiku (anciennement Des Expos en Folie)
Auteur/autrice : andrea
Diplômée en Histoire de l'Art, Muséologie et Etudes Japonaises à l'Université de Genève.
Amatrice d'art en général et d'art japonais en particulier, mon projet est de tenter la réunion de ces deux cultures, de ces deux passions!
L’été invite à ralentir, à regarder autrement, à capturer ce qui serait autrement oublié dès la rentrée. Pas besoin d’un atelier équipé ni d’une trousse complète : un carnet, un stylo, quelques couleurs suffisent pour créer des pages vivantes et personnelles.
Après la page cabinet de curiosités, la pleine page et la page à bulles proposées dans un article précédent, voici trois nouvelles idées à glisser dans ton carnet de vacances cet été.
1. La page palette du jour
L’été est une explosion de couleurs : le turquoise d’une piscine, le rouge d’une pastèque coupée, le blanc aveuglant d’un mur de pierres, le vert presque noir d’un pin parasol à contre-jour. La page “palette du jour” consiste à collecter ces couleurs directement sur une page de ton carnet, comme un botaniste collerait des fleurs dans un herbier.
Idéal pour : Les journées à la mer ou à la montagne, les marchés, les jardins, les terrasses de café, les moments où tu n’as pas envie de dessiner mais envie de garder une trace sensorielle.
Pourquoi c’est génial ? Tu observes différemment : non plus les formes, mais les couleurs. La page devient une empreinte de l’ambiance du jour, bien plus précise qu’une photo et intimement lié à tes émotions. C’est une approche douce et accessible, même pour quelqu’un qui ne se sent pas capable de dessiner.
Ce nuancier pourra aussi devenir une bibliothèque de couleurs pour tes futures aquarelles de voyage.
Comment faire :
Réserve une page entière ou une demi-page. Facultatif : crée un cadrillage avec du scotch washi 0,5 cm ou au crayon léger pour avoir des carrés réguliers prêts à être rempli. Tu peux aussi utiliser l’intérieur d’un rouleau de scotch pour créer des ronds si tu préfères.
Choisis une vue : ce que tu vois deouis la fenêtre de ton hotel, ton spot plage préféré, les couleurs de façades de la ville où tu es, etc. Chaque visite est l’occasion de célèbrer les couleurs de ton voyage.
Pose tes couleurs, pures ou mélangées, du plus clair au plus sombre ou dans l’ordre où tu les as croisées.
Ajoute le lieu, la date et quelques notes si tu veux. Tu peux aussi laisser de la place pour venir coller la photo de référence que tu auras imprimée.
Facultatif : Nomme tes couleurs à ta façon : “l’eau à 14h”, “les tomates du marché”, “l’ombre sous le platane”.
Variante :
Faire le même exercice sous forme de taches de couleurs libres.
Matériel minimal : une boîte d’aquarelles, un pinceau moyen, un scotch washi 0,5cm de large et un stylo pour les mots.
2. La page collage de voyage (junk page)
Les vacances génèrent des petits papiers que l’on ramasse sans trop y penser et que l’on finit par jeter : tickets de bus, serviettes en papier imprimées, emballages de glace, étiquettes de bouteilles, cartes postales, bouts de cartes routières. La page collage “junk” consiste à faire de ces fragments le cœur de la page, en les associant éventuellement à quelques croquis rapides ou à des notes manuscrites.
Idéal pour : Les journées très remplies où l’on n’a pas eu le temps de dessiner, les voyages en transports, les après-midi de pluie à l’intérieur, les moments où la main hésite mais l’envie est là. C’est le genre de page qu’on peut aussi faire au retour pour utiliser tous les papiers qui n’auront pas trouvé leur place dans tes pages précédentes.
Pourquoi c’est génial ? Le collage retire la pression du dessin. Les éléments collés font déjà tout le travail de composition et de couleur. Tu n’as plus qu’à ajouter quelques lignes, quelques mots, une touche de couleur par-ci par-là. La page se construit presque seule et reste profondément personnelle, personne d’autre n’aurait exactement les mêmes fragments.
Comment faire :
Garde les petits papiers du jour ou du voyage complet dans une pochette ou entre les pages du carnet.
Le soir ou au retour, dispose ces papiers sur la page avant de coller pour trouver une composition qui te plaît. Colle, puis complète avec un croquis rapide, une date, une phrase, une émotion.
Un fond d’aquarelle posé avant ou après le collage unifie l’ensemble.
Variante :
Prendre une perforatrice carrée ou simplement une paire de ciseaux et découpe des carrés ou différentes formes dans tes flyers, tickets, etc. Colle-les ensuite sur ta page pour une sorte de mosaïque colorée.
Matériel minimal : des ciseaux, du scotch ou un bâton de colle, un stylo, éventuellement quelques couleurs.
3. La page mosaïque
Une règle, un stylo et quelques traits : la page mosaïque commence par une grille de carrés et de rectangles irréguliers qui quadrillent toute la surface du carnet. Chaque case devient ensuite un fragment de journée (une couleur, un mot, un mini croquis, une émotion, une texture,…) comme les pièces d’un puzzle qui raconte l’été sans chercher à tout expliquer.
Idéal pour : Les journées denses et riches en sensations, les visites de musées, de jardins ou de bâtiments historique, les moments où l’on veut garder des formes sans passer par le détail.
Pourquoi c’est génial ? La grille structure la page avant même de commencer : plus de page blanche intimidante. Chaque case est petite, donc chaque geste est libre et sans pression. On peut mélanger les langages sans souci de cohérence : une case de couleur pure posée à l’aquarelle voisine naturellement avec un mot griffonné, un petit croquis de 30 secondes ou un fragment collé. L’irrégularité des cases crée du rythme et du mouvement, et la page entière prend vie comme une mosaïque de souvenirs sensoriels.
Comment faire :
À la règle ou à main levée, trace des lignes horizontales et verticales sur toute la page en variant les espacements : certaines cases très petites, d’autres plus grandes. Pas besoin de symétrie, l’irrégularité est ce qui rend la page vivante.
Laisse quelques cases fusionner en ne traçant pas toutes les lignes jusqu’au bord, cela crée des espaces plus grands pour un croquis ou un lavis de couleur.
Remplis les cases au fil de la journée, le soir ou au retour :
une touche de couleur pure vue dans la journée
un mot, une sensation : “chaud”, “sel”, “lenteur” ou quelques phrases
un mini-croquis rapide : une feuille, une silhouette, un objet
un fragment collé : un bout de serviette, un ticket
une case laissée vide ou juste lavée d’une couleur diluée
Une fois toutes les cases remplies, passe éventuellement un léger lavis d’aquarelle très diluée sur quelques cases pour unifier l’ensemble ou pose des touches de couleurs aux crayons.
Ajoute en marge ou dans une grande case : la date, le lieu, une phrase de contexte.
Variante :
Tu peux en faire une page de motifs spécifiques : motifs traditionnels, éléments récurrents dans l’architecture ou l’art local, etc.
Tu peux te lancer un défi : n’utiliser que du stylo à bille, varier les croquis en plan rapproché et ceux en plan large, tirer les objets ou thèmes à dessiner au hasard dans un magazine local ou un livre, demande à tes amis de choisir un mot ou une lettre de l’alphabet pour trouver le sujet de ta prochaines case, etc. Laisse ton imagination dicter tes prochaines contraintes créatives.
Matériel minimal : une règle, un stylo fin ou stylo à bille, quelques couleurs. Le reste se trouve sur place.
Voici des exemples de variantes possibles :
Trois pages, un même esprit
La palette du jour, le collage de voyage et la mosaïque partagent la même philosophie : observer avec attention, choisir l’essentiel, et faire confiance à ce que la main pose sur la page, même imparfaitement. C’est cela, l’esprit du carnet de voyage en été.
Tu peux les combiner sur une même double page, ou les alterner au fil des jours selon l’envie et l’énergie du moment.
Le carnet n’attend pas que tu saches dessiner.
Il attend juste que tu l’ouvres et que tu prennes tes pinceaux !
(c) Le Japon avec Andrea.
Les textes de cet article sont soumis aux droits d’auteur, aucune réutilisation partielle ou complète n’est autorisée.
L’été, c’est fait pour se reposer et pourquoi pas créer !
Tu es en vacances en juillet ou en août, tu n’as pas pu rejoindre les stages du début juillet, ou tu cherches simplement une matinée créative ponctuelle sans engagement sur une semaine entière ? Ces ateliers sont faits pour toi.
Une thématique, deux heures, un petit groupe et une matinée passée à peindre ou à dessiner avant que la chaleur s’installe. Simple, accessible, et conçu pour que tu repartes avec quelque chose de concret entre les mains et l’envie de peindre un peu plus.
Les ateliers
Aquarelle
🎨 Mercredi 15 juillet — Minis paysages frais et colorés Des formats réduits pour explorer la composition, la couleur et la légèreté estivale. Idéal pour commencer.
🎨 Vendredi 17 juillet — Pastèque et melon Jouer avec les rouges, les roses et les verts juteux de l’été. Un atelier pop, coloré et accessible à tous.
🎨 Mercredi 29 juillet — Bord de mer, turquoise et cocotiers Mers turquoises, sable chaud, végétation exotique. On peint des ambiances de vacances à l’aquarelle.
🎨 Mercredi 5 août — Rocher sur mer Travailler les contrastes entre la minéralité du rocher et la transparence de l’eau. Un sujet simple et expressif.
Carnet de voyage
📖 Mercredi 22 juillet — Les pages avant de partir (1) Comment préparer son carnet avant un voyage : pages d’intention, cartes, premières couleurs, premiers mots. On anticipe le départ.
📖 Vendredi 24 juillet — Les pages avant de partir (2) La suite : on approfondit la mise en page, on colle, on compose, on crée l’élan.
📖 Mercredi 19 août — Les pages après le voyage (1) De retour de vacances, comment mettre en forme ses souvenirs : croquis, collages, notes. On transforme les traces en pages vivantes.
📖 Vendredi 21 août — Les pages après le voyage (2) On finalise, on relie les pages entre elles, on donne une cohérence à l’ensemble du carnet.
Infos pratiques
📍 Genève (Saint-Jean) ⏰ 10h–12h — pour profiter de la fraîcheur matinale 👥 Petit groupe, max. 5 personnes 🎒 Matériel non inclus — un set débutant est disponible si besoin
Tarifs
80 CHF par atelier
60 CHF par atelier dès 4 ateliers réservés ensemble
−10% pour les couples ou membres d’une même famille du même foyer
Comment s’inscrire
Clique sur le bouton ci-dessous et choisis ton ou tes ateliers dans le menu déroulant et finalise ton inscription. Ta place est confirmée à réception du paiement.
10 oeuvres d’art pour écrire tes meilleurs haiku d’été !
Variation autour du haiga | été 2026
Le principe
Cet été, je te propose un challenge autour du haiga (haiku illustré) pour explorer la notion d’espace entre les mots et les images, ou comment éviter d’illustrer littéralement un poème, mais bien de créer une œuvre à part entière.
Le principe est simple : tous les trois jours, tu reçois une peinture (accès sur ma plateforme de formation en ligne) pour t’inspirer un haiku. C’est une variante du haiga traditionnel, ici on part de l’image pour écrire un haiku. Face à l’oeuvre, une seule règle : ne répète pas ce que tu vois. Le poème ne raconte pas l’image, maisvient la sublimer en exprimant émotions et ressentis, en évitant de partir dans la description de ce que tu y vois.
Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’œuvre et toi.
Tu veux un exemple concret ?
Claude Monet, Marine, 1882 (cette image ne fait pas partie de la sélection du challenge). Source image : https://commons.wikimedia.org
Un haiku un peu trop descriptif :
la mer au matin
je respire doucement
dans le bleu du ciel
AVillat, 2026
Pourquoi trop descriptif ? Entre l’image et le poème on retrouve les même éléments : la mer, le bleu, l’aube, la tranquilité, le calme.
Un exemple plus aventureux :
à ma fenêtre
je rêve de tempête
premières chaleurs
AVillat, 2026
Ici le kigo (premières chaleurs) ne répète pas l’image et on trouve une forte friction entre la douceur de l’oeuvre de Monet et l’évocation de la tempête. Ce que l’on voit depuis la fenêtre pourrait être la vue de Monet, avec cette anticipation des grosses chaleurs qui vont bientôt s’abattre sur nous, mais qui pour l’instant sont encore retardées par la fraîcheur du matin. Le spectateur a tous les éléments pour se raconter une histoire tout en étant ancré dans une saison, mais sans être coincé dans une seule interprétation (cf. l’exemple 1 un peu trop descriptif où tout est logique mais où il manque la place du lecteur).
Dans ce deuxième exemple, la scène est non seulement moins étriquée et les ressentis plus fort, mais le lecteur est également plus actif dans l’ensemble : il ne lit pas juste le poème, il le met en rapport à l’image et ressent ce qui n’est pas dit dans le poème lui-même.
Que penses-tu de cette approche ?
Comment ça marche
Dates :Du 1er au 31 juillet 2026, une oeuvre tous les 3 jours.
Kukai de clôture : dimanche 02 août 17h30.
Options payantes facultatives pour un accompagnement sur mesure.
Du 1er au 31 juillet, une nouvelle oeuvre sera proposée tous les 3 jours pour s’inspirer, se laisser le temps d’écrire et d’être en vacance!
Il y a 10 oeuvres en tout, choisies sur le thème de bord de mer. Cette sélection est tout à fait subjective, j’ai choisis des peintres et des oeuvres qui me plaisent.
Tu travailles à ton propre rythme, depuis tes émotions, en t’inspirant de l’image.
Tu peux partager tes poème directement sur la plateforme dans l’option commentaire ou les partager sur Instagram et Facebook en utilisant le hashtag : #ljaa_challengehaiga et en me tagant @lejaponavecandrea_haiku.
On se retrouve pour un kukai virtuel (réunion de poème pour lire nos poèmes, choisir ceux qui résonnent le plus et enfin partager nos expériences) de clôture le dimanche 02 août (replay disponible directement sur la plateforme).
Pour t’inscrire
Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.
Etape 2 – Reçois un mail de confirmation avec les liens directs vers les options du challenge (gratuit ou payant)
Etape 3 – Tu choisis ton option et te crée un compte sur ma plateforme de formation en ligne Thinkific. Enregistre bien ton identifiant et ton mot de passe pour avoir accès aux oeuvres.
Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).
Faut-il déjà connaître le haiku ? Non. L’accès libre est ouvert à tous les niveaux. Si tu débutes et que tu veux approfondir les notions du haiku, les fiches kigo du Compagnon de Voyage sont là pour te donner des repères, même si tu débutes. Tu peux aussi prendre le bundle avec “la boîte à outils” qui est une sorte de bibliothèque d’outils pour mieux comprendre l’univers du haiku et comment écrire de façon plus consciente et dans l’esprit classique du haiku japonais.
Je rate des jours car je suis en vacances, est-ce un problème ? Pas du tout. Tu travailles à ton rythme. Le kukai de clôture est disponible en replay et les fiches Compagnon restent accessibles après la fin du challenge. Si tu veux échanger avec les autres participants c’est mieux d’être actif durant le mois de juillet, mais pas de pression d’un jour à l’autre.
Est-ce qu’il faut savoir dessiner pour la Masterclass ? Non. La Masterclass Haiga t’enseigne les principes de composition du haiga : comment l’image et le poème coexistent sans s’expliquer l’un l’autre. Les techniques sont accessibles quel que soit ton niveau.
Voici une oeuvre de Monet choisie pour servir d’exemple et te donner envie de participer au challenge haiga de cet été et pour aller plus loin, de te procurer l’option Compagnon de Voyage.
Claude Monet, Marine, 1882.
Le principe est de t’inspirer de cette oeuvre de Monet pour écrire ton haiku SANS répéter ce que tu vois. Le poème doit venir sublimer l’oeuvre d’art, pas la raconter autrement et décrire ce que tu y vois. Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’oeuvre et toi, trouve les mots pour exprimer émotions et ressentis sans partir dans la description de l’image.
Dans le Compagnon de Voyage, je te propose pour chaque oeuvre un kigo adapté et son explication détaillée pour que tu puisse l’ajouter à tes outils d’écriture.
Pour cette oeuvre de Monet je te propose comme kigo d’été : natsmeku 初夏, un air d’été.
La fraicheur de l’aube naissante, le calme des vagues et et la douceurs des couleurs évoquent le début de l’été, chaud et lumineux, tout comme natsumeku.
Le kigo 夏めく — Natsumeku — Un air d’été
夏めく (natsumeku) appartient à la famille des 時候 (jikō), les kigo de temps et de saison et à la catégorie des kigo de début d’été 初夏 (shoka). Il désigne un mouvement, un devenir, le monde qui se fait été. Variante : 夏きざす (natsu kizasu), l’été qui pointe, qui germe.1
Traduction possibles :
un air d’été
début d’été
premier signe de l’été
l’été commence
Les fleurs du printemps se sont éparpillées, le monde bascule dans les verts touffus, les températures montent et l’air se pare d’un parfum estival. La vie quotidienne elle-même se transforme : on sent que l’été est là.2
Natsumeku est un kigo de la transition, ce moment suspendu où le printemps n’est plus tout à fait là et où l’été n’est pas encore pleinement installé. Ce n’est pas la chaleur lourde de juillet, c’est quelque chose de plus discret et de plus vibrant : la lumière qui change d’angle, l’odeur de l’herbe chauffée en fin d’après-midi, les manches qu’on retrousse sans même y penser, le ciel qui prend cette qualité de bleu un peu plus vif, presque impatient.
On peut ajouter le suffixe “-meku” à chacune des quatre saisons, pour créer des expressions saisonnières évoquant l’arrivée de ces saisons. Ce que natsumeku saisit, c’est la sensation avant le fait accompli. L’été n’est pas encore là, mais on le reconnaît déjà dans la façon dont la lumière du soir s’attarde, dans le premier insecte qu’on entend, dans le tissu d’une robe qu’on sort pour la première fois.1
La force de natsumeku est qu’il peut s’appliquer à n’importe quel détail concret (un visage, une rivière, un reflet, une plante,…) pour faire sentir ce basculement de saison. Il fonctionne souvent en début ou en fin de vers, posant une atmosphère que l’image complète.
Ce kigo se prête bien à une écriture du regard : observer un seul détail précis (une couleur, un son, une texture) et laisser natsumeku donner la clé de lecture.
Exemples :
les yeux entrouverts
entre les plis des rideaux
un air d’été
AVillat 2026
le bruit des vagues
derrière la vitre
commence l’été
AVillat 2026
Haiku classique
Watanabe Suiha渡辺水巴 (1882–1946)
活字よく組めて余白の夏めきぬ katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu
Watanabe Suiha naît à Tokyo en 1882, fils aîné du peintre Watanabe Seitei 渡辺省亭 (1852–1918). Il étudie auprès de deux grandes figures du haiku moderne, Naitō Meisetsu 内藤鳴雪 (1847–1926) puis Takahama Kyoshi 高浜虚子 (1874–1959)1, avant de fonder et de diriger sa propre revue de haiku, Kyokusui (曲水) “Eau sinueuse”, en référence à une coutume littéraire héritée de Chine.
Ce jeu voyait les poètes s’asseoir au bord d’un ruisseau sinueux dans un jardin, puis ils composaient des poèmes ou des chansons, avant de laisser flotter une coupe depuis l’amont. Les participants la ramassaient, buvaient le saké, puis la laissaient repartir. Autrefois, c’était l’une des fêtes annuelles qui se déroulaient le troisième jour du troisième mois lunaire à la cour impériale et dans les résidences nobles.2
Il publie plusieurs recueils, parmi lesquels Suiha kuchō, Kumazasa et Hakujitsu. Il meurt en 1946, à l’âge de 65 ans.3
活字よく組めて余白の夏めきぬ katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu
活字 katsujī — les caractères d’imprimerie, les types mobiles
よく組めて yoku kumete — bien composés, bien agencés
余白 yohaku — les blancs, les marges, l’espace vide de la page
の no — particule de possession/appartenance
夏めき natsumeki — se sont mis à sentir l’été, ont pris un air estival
ぬ nu — l’auxiliaire ぬ de l’accompli.
Le haiku se construit en deux gestes et sa force tient dans le pont qui les relie. Le premier geste est concret, presque artisanal : quelqu’un compose une page. Des caractères d’imprimerie qu’on agence, qu’on ajuste, jusqu’à ce que la mise en page soit bonne. C’est un travail de précision, silencieux, méthodique.
Le second geste est d’un tout autre ordre : dans les marges, dans ce qui n’a justement pas été rempli par le travail du compositeur, dans le vide, l’incertain, quelque chose se passe. L’été s’y installe.
Le mot “marges” porte tout le poids du basculement. Les marges ne sont pas un simple décor laissé vide ; elles deviennent le lieu actif du poème, un espace ouvert qui peut accueillir la saison. Le travail humain (bien agencer les caractères) et le mouvement du monde (l’air qui se fait été) se déroulent dans le même espace, mais dans des endroits légèrement différents : l’un dans le plein, l’autre dans le vide.
Cette tension entre plein et vide renforce le kigo natsumeku. Ce mot de saison désigne un état atteint, un seuil franchi (porté par le ぬ de l’accompli en japonais)1, mais ne s’attache à rien de spectaculaire (ni fleur, ni chaleur, ni insecte). Il s’attache au blanc d’une page. À cet espace qui n’a pas été encré.
On peut y lire une forme d’humilité de l’observation poétique : Suiha, fils de peintre, élevé dans un regard attentif à la composition visuelle, ne cherche pas l’été dans la nature qui l’entoure, mais dans le tout petit espace d’un geste de travail quotidien. La saison n’a pas besoin de grandeur pour se révéler, elle se love dans la marge d’une page bien faite, dans ce presque-rien qui, soudain, devient sensible.
Le kireji (mot de césure) ぬ (nu) marque qu’une action ou un changement d’état s’est pleinement réalisé — pas en train de se faire, mais arrivé à son terme. C’est différent de た (ta), qui peut être un simple passé narratif : ぬ (nu) porte une nuance de constat, presque d’aboutissement, parfois avec une légère charge émotionnelle d’étonnement ou de soulagement devant le fait accompli.
Regard croisé — Marine (1882), Claude Monet
Natsumeku désigne ce moment où l’on perçoit l’été avant qu’il ne soit pleinement là : un seuil, une sensation qui précède le fait. C’est un peu ce que capture Monet dans Marine.
Cette huile sur toile de 53,8 × 65,3 cm, peinte à Pourville sur la côte normande, ne représente pas la mer avec précision : c’est une étendue de lavis bleus et verts, presque translucides, que traversent quelques touches de rose et d’ocre à l’horizon. Ce qui retient le regard, c’est autant ce que la peinture ne dit pas — ces zones presque vides, ces blancs irisés en bas du tableau — que ce qu’elle montre.La toile ne montre pas un été établi, avec son ciel franc et ses couleurs tranchées ; elle montre une lumière hésitante, une ligne d’horizon où le rose et l’ocre affleurent à peine entre deux étendues de bleu et de vert. Rien n’est encore fixé. L’eau, le ciel, le sable se confondent dans une matière commune, comme si la saison elle-même n’avait pas encore choisi sa forme. C’est cette qualité suspendue, ce passage qui n’est ni tout à fait l’un ni tout à fait l’autre, que natsumeku nomme en un seul mot : non pas l’été, mais ses prémisses.
Mini-exercice
Réfléchis à ce détail infime qui pour toi déclare que l’été est arrivé. Une odeur, une lumière, un son, la texture d’un tissu ou d’une surface. Essaie de l’écrire en trois vers sans utiliser plusieurs mots de saison, mais en laissant natsumeku porter la saison à lui seul.
Cette fiche est une version « aperçu » des fiches que tu retrouveras dans le Compagnon de Voyage (35 CHF) du challenge haiga. Une exploration approfondie de chaque kigo, avec ses racines, des exemples classiques et un espace pour t’inspirer.
Pour t’inscrire
Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.
Etape 2 – Reçois un mail de confirmation avec les liens directs vers les options du challenge (gratuit ou payant)
Etape 3 – Tu choisis ton option et te crée un compte sur ma plateforme de formation en ligne Thinkific. Enregistre bien ton identifiant et ton mot de passe pour avoir accès aux oeuvres.
Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).
Trois façons de célébrer ta créativité en juillet prochain
L’été, c’est le moment idéal pour ralentir, observer et laisser la main prendre le relais. Cette année, je te propose trois stages pour explorer à ton rythme le dessin, l’aquarelle et le carnet de voyage, que tu sois complètement débutant ou déjà lancé dans la pratique.
Petits groupes, ambiance bienveillante, progression à ton rythme.
Les stages sur Genève
Stage 1 — Initiation à la pratique du carnet de voyage
Lundi 29 juin au vendredi 3 juillet 2026 | 10h–12h
En salle, Saint-Jean
325 CHF par personne
Matériel non inclus
Places limitées à 5 personnes
Tu as envie de tenir un carnet de voyage depuis longtemps, mais tu ne sais pas par où commencer ? Ce stage est fait pour toi.
En cinq matinées, tu découvres les différents langages du carnet : le trait, la couleur, les mots, la composition d’une page. Pas de modèle imposé, pas de style à copier. L’objectif, c’est de trouver tes marques, d’explorer ce qui te ressemble et d’oser te lancer, même maladroitement, même avec hésitation, parce que c’est souvent là que les choses les plus intéressantes commencent.
Tu repars avec un carnet entamé, des outils concrets et surtout l’envie de continuer.
Ce stage est pour toi si : tu n’as jamais tenu de carnet de voyage et tu veux découvrir par où commencer, tu te sens bloqué face à la page blanche, tu veux explorer sans pression et à ton rythme.
Programme (sous réserve de modifications)
Lundi 29 juin : Introduction, matériel et premières pages
Mardi 30 juin : Initiation au dessin
Mercredi 01 juillet : Initiation à l’aquarelle
Jeudi 02 juillet : Initiation à l’écriture
Vendredi 03 juillet : Finitions, bilan et dernières pages
Lundi 29 juin au vendredi 3 juillet 2026 | 14h–16h
En salle, Saint-Jean
425 CHF par personne
Matériel non inclus
Places limitées à 5 personnes
Les mers turquoises, les couchers de soleil flamboyants, les verts vibrants ou asséchés de la fin d’été : la saison estivale offre une palette de couleurs généreuse et lumineuse, idéale pour explorer l’aquarelle.
En cinq soirées, tu travailles la couleur, les contrastes, les ambiances lumineuses propres à l’été. On joue avec l’eau, la transparence, les mélanges audacieux. Que tu aies déjà une pratique ou que tu en sois à tes débuts, chaque séance te permet d’avancer, d’expérimenter et de rentrer chez toi avec des pages dont tu seras fier.
Ce stage peut se combiner avec le stage carnet du matin pour une semaine complète d’immersion créative.
Ce stage est pour toi si : tu veux progresser en aquarelle dans une ambiance détendue, tu es inspiré par les couleurs et les lumières de l’été, tu cherches un espace de pratique régulier et guidé.
Programme (sous réserve de modifications)
Lundi 29 juin : Plage azur, lavis
Mardi 30 juin : Prairie de montagne, verts vibrant et profondeur
Mercredi 01 juillet : Champ de tournesols, jaunes lumineux et verts cassés
Jeudi 02 juillet : Rochers surplombant la mer, vue plongeante et textures
Vendredi 03 juillet : Plage au crépuscule, coucher de soleil et contrastes saisissants
Stage 3 — Carnet de voyage se lancer en plein air, Genève et environs
Lundi 06 au vendredi 10 juillet 2026 | 9h–15h
En extérieur, sur Genève et environs
495 CHF par personne
Matériel, déplacements et repas non inclus
Places limitées à 8 personnes
C’est le grand saut. Sortir son carnet dehors, face à un paysage qui bouge, avec des passants, du vent, une lumière qui change : c’est intimidant et ce stage existe pour te permettre de prendre tes repères et oser !
En cinq journées dans différents lieux autour de Genève, tu trouves tes marques en extérieur, autant dans le choix du matériel que dans ta posture face au monde. On apprend à regarder vite, à choisir l’essentiel, à ne pas chercher la perfection mais la présence. À la fin de la semaine, tu as les outils et la confiance pour sortir ton carnet lors de tes prochaines vacances, quel que soit le contexte.
Ce stage est pour toi si : tu as déjà une petite pratique du carnet mais tu n’oses pas encore dessiner dehors, tu pars en voyage cet été et tu veux enfin remplir un vrai carnet, tu veux vivre une expérience de groupe immersive et ressourçante.
Programme (sous réserve de modification)
Lundi 06 juillet : Creux de Genthod
Mardi 07 juillet : Parc de la Bécassine, Versoix
Mercredi 08 juillet : Hermance
Jeudi 09 juillet : Jardin de Lullier
Vendredi 10 juillet : Genève-Coppet (en bateau et retour en train)
Matériel Le matériel n’est pas inclus dans le tarif. Une liste détaillée te sera envoyée à la confirmation de ton inscription.
Inscriptions Les places sont limitées. Ta place est confirmée à réception du règlement. Pour t’inscrire, clique sur un des boutons ci-dessus pour être redirigé vers ma boutique en ligne.
Combinaison de stages Si tu souhaites participer à plusieurs stages, un rabais de 10% est applicable avec le code ETE10 à entrer avant de valider ton panier. Ce code est aussi valable si tu viens en couple ou 2 personnes d’un même foyer.
Questions ? N’hésite pas à me contacter, je réponds avec plaisir à toutes tes questions avant que tu t’engages.
Les Séjours Carnet de Voyage
Montreux, entre lac et montagne (édition 2026)
Jeudi 06 au samedi 08 août 2026
360 CHF par personne
Possibilité de prendre le stage à la journée
Matériel, déplacements, logement et repas non inclus
Places limitées à 8 personnes
(Re)découvrir les paysages suisses autrement grâce à ce séjours à la carte.
Tu veux vivre une expérience immersive, loin de l’écran, carnet en main ? Ce stage en plein air est une parenthèse hors du temps pour te reconnecter à ta pratique, à la nature, à ton regard.
Prends tes pinceaux, ton carnet et ton envie de créer : on embarque pour une aventure douce et inspirante le long de la Riviera vaudoise. Trois jours pour croquer le bleu du Léman, capturer les lignes des sommets et laisser l’aquarelle raconter ton voyage.
Tu choisis ta durée : une journée de découverte, deux jours pour explorer ou une immersion complète de trois jours. L’aventure s’adapte à ton rythme et à ton budget.
Programme (sous réserve de modification)
Jeudi 06 août : Genève -> Montreux en bateau (CGN)
Vendredi 07 août : Rochers-de-Naye (train MOB)
Samedi 08 août : Chateau de Chillon (extérieur) et Riviera
Matériel, déplacements, logement et repas non inclus
Places limitées à 8 personnes
Ce séjour est une invitation à ralentir, à regarder autrement et à remplir ton carnet au cœur d’un paysage que les peintres et les poètes n’ont jamais cessé de traverser, la rive française du Léman, entre jardins remarquables, architecture Belle Époque et lumière d’août sur l’eau.
Pendant quatre jours, nous explorons Évian-les-Bains sous un angle inattendu : non pas la ville thermale pour touristes pressés, mais une cité secrète et végétale, riche de jardins remarquables, de vieux quartiers et de panoramas qui ouvrent d’un seul coup sur le lac et les Alpes. Le dernier jour, le bateau nous emmène de l’autre côté du lac, à Ouchy, sur les quais de Lausanne, pour une dernière séance carnet face à la rive helvétique.
Ici, pas de performance ni de pression. On observe, on se balade, on s’installe, on dessine, on peint. Tu es guidé·e, soutenu·e, mais libre d’avancer à ton rythme.
Programme (sous réserve de modification)
Mardi 11 août : Evian – Maison Garibaldi et jardin japonais
Mercredi 12 août : Evian – Funiculaire et vue panoramique
Jeudi 13 août : Evian – Jardin sur l’eau du Pré-Curé
Vendredi 14 août : Evian -> Lausanne en bateau CGN, plage d’Ouchy
Matériel, déplacements, logement et repas non inclus
Places limitées à 8 personnes
Pendant six jours, nous traversons la Riviera de ville en village, de corniche en cap, de fort en île : Nice et ses façades ocre, son jardin botanique et sa vue sur la mer, les remparts d’Antibes, le sentier sauvage du cap, une île au large de Cannes et la vieille ville qui s’accroche à sa colline. Six journées pensées comme des tableaux différents, autant d’occasions de travailler la lumière, la mer, les couleurs et l’architecture méditerranéenne pour faire de ce séjour un carnet unique.
Ici, pas de performance ni de pression. On observe, on se balade, on s’installe, on dessine, on peint. Tu es guidé·e, soutenu·e, mais libre d’avancer à ton rythme.
Programme (sous réserve de modification)
Lundi 31 août : Nice – promenade des Anglais
Mardi 01 septembre: Nice – jardin botanique et vue sur la mer
Mercredi 02 septembre : Antibes – Vieille-Ville et musée Picasso
Jeudi 03 septembre : Antibes – plage de la Garoupe et sentier en bord de mer
Vendredi 04 septembre : Cannes – île Margueritte (Ile de Lérins)
Matériel, déplacements, logement et repas non inclus
Places limitées à 8 personnes
Pendant six jours, nous explorons la Riviera sous un angle différent du premier séjour : l’île monastique de Saint-Honorat, les ruelles parfumées de Grasse, le cloître médiéval de Fréjus, le village de Saint-Paul de Vence et la tombe de Chagall et les hauteurs sauvages de la Croix des Gardes qui dominent toute la baie de Cannes. Un programme pensé comme une succession de tableaux — chacun avec sa lumière, ses textures, ses couleurs propres.
Ici, toujours pas de performance ni de pression. On observe, on se balade, on s’installe, on dessine, on peint. Tu es guidé·e, soutenu·e, mais libre d’avancer à ton rythme.
Programme (sous réserve de modification)
Lundi 07 septembre : Cannes – la Croisette
Mardi 08 septembre: Cannes – île de Lérins, Saint-Honorat
Mercredi 09 septembre : Grasse – Vieille-Ville et musée Fragonnard
Jeudi 10 septembre : Fréjus, cloître avec visite guidée
Vendredi 11 septembre : Saint-Paul de Vence, village et tombe de Marc Chagall
Vendredi 12 septembre : Cannes – La Croix-des-Gardes
Matériel Le matériel n’est pas inclus dans le tarif. Une liste détaillée te sera envoyée à la confirmation de ton inscription.
Inscriptions Les places sont limitées. Ta place est confirmée à réception du règlement. Pour t’inscrire, clique sur un des boutons ci-dessus pour être redirigé vers ma boutique en ligne.
Combinaison de stages Si tu souhaites participer à plusieurs voyages, un rabais de 10% est applicable avec le code DUO10 à entrer avant de valider ton panier. Ce code est aussi valable si tu viens en couple ou 2 personnes d’un même foyer. Valable uniquement sur les voyages août-septembre 2026.
Questions ? N’hésite pas à me contacter, je réponds avec plaisir à toutes tes questions avant que tu t’engages.
Contact
Andrea Villat
Médiatrice culturelle indépendante
Enseignante aquarelle, dessin, carnet de voyage & langue japonaise
du 13 au 17 Avril 2026 · 5 jours en immersion avec un petit groupe · beaucoup de plaisir et un joli carnet rempli
Il y a des voyages qui tiennent leurs promesses. Amsterdam en avril en fait partie.
Je le savais, quelque part, j’avais imaginé les canaux, les façades penchées, les tulipes partout, mais ce qu’on n’imagine jamais vraiment, c’est la saveur d’un voyage quand on le vit carnet en main. Les couleurs, les odeurs, la fatigue des pavés, la lumière qui change régulièrement et ce moment suspendu où le groupe sort ses pinceaux et que la ville devient soudain l’objet de toute notre attention.
Voilà ce que j’ai envie de te raconter de ce voyage.
Quelques pages avant de partir
J’aime préparer mon voyage en amont et cela implique préparer quelques pages de carnet :
Une page de titre avec l’itinéraire prévu.
Une page de matériel qui peut changer selon le type de voyage.
Une page intentions et/ou objectifs.
Pourquoi ce voyage ?
Qu’est-ce je souhaite vivre comme expérience ?
Quelle est ma priorité du moment? etc.
Une page budget pour garder une trace et mieux anticiper les dépenses.
Une page “listes” avec ce que je veux ramener, ce que je veux goûter sur places (spécialités), ce que je veux visiter, etc.
Une page “blobs de couleurs” à remplir tout au long du voyage avec des anecdotes et autres petits bouts de vie.
Ces pages me permettent de me plonger dans le voyage avant d’être partie, de me projeter, mais aussi de garder en tête le pourquoi du voyage et au retour (ou plus tard), me souvenir de l’état d’esprit de ce voyage en particulier
Voici mes premières pages du voyage à Amsterdam :
Page de titre
Intentions et matériel
Page budget
Page liste
Page anecdotes
Lundi 13 avril · Premiers pas, premières pages
On s’est retrouvées à la gare centrale en début d’après-midi. Cette façade néo-gothique un peu intimidante qui annonce la couleur : Amsterdam ne fait pas dans la discrétion.
A cause du vent on a dû renoncer à faire l’atelier devant la gare, bien trop exposée, mais les photos ont été prises et tous le monde se réjouit de relever le défi le soir même.
Première séance sur le Damrak, à côté des bateaux de location, face aux belles bâtisses anciennes. Couleurs, fenêtres, toits et reflets dans l’eau, idéal pour un premier atelier et prendre ses marques tranquillement. Aquarelle, feutres, stylo, chaque participante a trouvé son médium préféré pour rendre la douceur de cet après-midi et la beauté subtile de la vieille Amsterdam.
Le premier exercice du séjour, c’est toujours le même : ouvrir le carnet. Juste ça. Poser le crayon ou le pinceau sur la page et commencer, sans savoir encore ce que ça va donner. Il y a toujours un peu d’hésitation dans le groupe à ce moment-là, ce blanc qui attend, cette impression de ne pas être à la hauteur du lieu. C’est normal. C’est même sain. Le carnet de voyage commence exactement là, dans cet inconfort, et ensemble, on se lance !
On a peint et dessiné. Maladroitement pour certaines, avec assurance pour d’autres et à la fin de la séance, chaque carnet avait déjà quelque chose d’unique.
On continue par une balade dans le quartier de De Wallen, le plus vieux d’Amsterdam. Des ruelles médiévales, des façades qui penchent, des vélos garés sur tous les ponts et cette lumière de fin d’après-midi, dorée et un peu brumeuse. A cause du vent et de la fatigue du voyage, on ne s’arrête pas pour peindre, mais on continue notre joyeuse balade jusqu’au Begijnhof, un lieu calme et spirituel à l’ambiance douce et feutrée. Un très joli moment partagé.
On a fini dans un café pour un high tea bien mérité. On en parle des infusions de menthe fraîche qu’on trouve absolument parti ici? Décidément ce stage commence très bien !
Mardi 14 avril · Musée Willet-Holthuysen et canaux
Une journée sur les canaux.
On a commencé par aller au Musée Willet-Holthuysen, une bâtisse du 17e siècle réaménagée au 19e. A sa mort Louisa lègue tous ses biens à la ville d’Amsterdam. Le couple Louisa et Abraham Willet-Holthuysen reste célèbre pour leur investissement social et culturel. Le couple vivant largement sur l’héritage colossal de Louisa voyage beaucoup en Europe et se façonnent une collection d’art et d’objets qu’ils exposent dans les différentes pièces de leur maison du Herengracht. Si Louisa reste en retrait en raison de son rang social et de sa condition de femme mariée, elle reste très active en arrière-plan et supervisera (et financera) notamment l’achat de toutes les œuvres d’art de leur impressionnante collection. L’accroche des tableaux changeait régulièrement à l’exemple des nombreux musées que le couple avait visité durant leurs voyages en Europe.
Une visite hors du temps racontée par un audio-guide de qualité pour aller à la rencontre de cette femme pionnière, trop souvent éclipsée par son mari dilapidaire. Déambuler dans cette maison aux hautes fenêtres, aux murs couverts de tapisseries et de tableaux et rencontrer les objets qui ont accompagnés la vie extravagante d’un couple du 19e, c’est ce que nous offre ce joli petit musée.
Et dans nos carnets? De petits bouts de vie glanés ici et là au détour d’une œuvre, d’une catelle ou d’un objet du mobilier. Croquis rapides, feutres de couleurs et choisir les petites choses qui rendent cette visite inoubliable.
De mon côté, les œuvres représentant les animaux de compagnie de Louisa, il y en avait beaucoup, témoins de l’amour de leur maîtresse mais aussi des normes sociales de l’époque. Louisa utilisait aussi ces animaux, dont ses chiens, pour contourner l’interdiction aux femmes de se promener sans leur mari. Les promenades des chiens lui permettaient ainsi de sortir plusieurs fois par jour avec sa dame de compagnie. J’ai aussi beaucoup aimé le vaisselier rempli d’assiettes et de plats ornés de légumes et de petits insectes de tout genre. Est-ce que le couple mangeait vraiment dans ces assiettes ? Autant de petites questions qui ont jalonné cette visite.
Après un lunch rapide au Café Marcella sur le Prinsengracht, où on a goûté les fameuses kroketten (sorte de croquettes fourrées), on s’est installées le long du canal pour une session aquarelle et dessin.
Ce que les photos ne disent pas, c’est que l’eau bouge, le reflet des maisons tremble, un couple de jeunes mariés a choisi le même spot pour leurs photos de mariage, à chaque passage de bateau les eaux du canal ondulent, venant perturber les lignes et les formes soigneusement posées, nous forçant soudain à observer à nouveau. C’est là que le travail du carnet de voyage commence vraiment. Apprendre à lâcher le contrôle. Accepter que l’aquarelle fasse sa propre vie sur le papier humide. Observer les couleurs des façades, ce brun-orangé des briques, ce blanc cassé des encadrements, ce vert lumineux des jeunes feuilles se détachant sur le bleu vibrant du ciel et essayer de les poser sur la page, jusqu’à trouver un angle, une composition, une émotion qui sonne juste.
On a fini avec une balade le long du Reguliersgracht jusqu’à la Rembrandtplein pour nous imprégner de l’ambiance typique de ce quartier bâti sur l’eau et admirer les tulipes accrochées aux fenêtres.
Mercredi 15 avril · Zaanse Schans et les moulins
Ce 3e jour on a changé de plan. Les champs de tulipes au nord d’Amsterdam n’étaient fleuris qu’à 30% et vu le coté isolé des champs et la météo incertaine, il m’a semblé plus sûr de changer de programme.
Direction Zaanse Schans, à quinze minutes de bus de Centraal Station : les moulins emblématiques des Pays-Bas, au bord d’une rivière, dans un paysage de carte postale.
Oui, c’est touristique et les groupes de visiteurs se bousculent un peu partout, oui les boutiques de souvenirs sont pleines, mais les moulins, eux, sont vrais. Immenses, lents, indifférents à tout ça. Ils tournent dans le vent silencieusement, sans se soucier de nous. Le bruit de leurs pales dans le vent, les couleurs rouges et vertes des toits, la lumière changeante, autant d’éléments qui ont fait de cette journée un moment d’exception.
On a trouvé un coin tranquille à l’écart et on a dessiné. Le ciel hollandais, ce grand ciel plat et lumineux qu’on voit dans tous les tableaux de Vermeer et de Ruisdael, était exactement là, au-dessus de nous. Gris et or à la fois. Changeant toutes les dix minutes.
Avant de rentrer, une pause au café pour gouter les fameuses pannekoeken, sorte de crêpe typique d’ici où le salé se mêle au sucré, surprenant et délicieux.
Une des participantes m’a dit en rangeant son carnet : « Je pensais que ce serait trop touristique pour être inspirant. Finalement c’est la page dont je suis le plus fière. » C’est souvent comme ça, l’important est de sortir son carnet et d’oser. Le plaisir de peindre en plein air vient souvent enrichir l’expérience et le résultat nous surprend toujours un peu.
Jeudi 16 avril · Vondelpark et Van Gogh
Une journée plus douce, plus contemplative, entre verdure et musées.
Le matin au Vondelpark, balade et contemplation dans ce magnifique parc de 48 hectares avec ses arbres, ses cagettes de tulipes en fleurs voguant sur l’étang. Le calme de ce moment suspendu est ancré dans nos carnets grâce à une séance aquarelle et dessin autour des textures et de la végétation, avant de rejoindre le Museumplein.
On a commencé par croquer l’extérieur du Rijksmuseum, façade imposante et petit parc, puis le musée Van Gogh. On n’y peint pas, trop de monde, mais on observe et on croque les petits détails qui nous plaisent. On prend des notes aussi : une couleur, une impression, un titre de tableau, une citation, la façon dont Van Gogh construit une atmosphère avec des coups de pinceau qu’on voit de près et qui semblent presque violents, mais qui se transforment plus on s’éloigne, jusqu’à devenir un champ, un océan ou une scène d’intérieur.
Le soir, les carnets se sont remplis de pages inspirées par les tableaux. Sans les copier, mais en gardant l’essence de la visite. C’est tout l’intérêt de vivre un musée carnet en main plutôt qu’un appareil photo, les émotions sont plus fortes, les images plus nettes et les souvenirs plus lumineux.
Vendredi 17 avril · Le Jordaan et la clôture
Dernier matin ensemble. On s’est retrouvées devant la Maison d’Anne Frank, dans le quartier du Jordaan, avec ses ruelles étroites, ses ponts fleuris, ses hofjes cachés derrière des portes ordinaires. Après une balade sur le Bloemgracht et une visite rapide de Sint Andrieshof on a visité le musée de la Tulipe. Visite très intéressante complétée par un tour à sa boutique où graines, bulbes et goodies en tout genre mettaient la tulipe à l’honneur.
On a longé le canal jusqu’à la Bartolotti Huis pour une dernière séance de dessin : sa façade imposante, ses pignons ornementés, ses fenêtres qui donnent sur le canal. Et puis, vers 11h30, le moment que j’appréhende toujours un peu, la clôture du stage. Les carnets ouverts, les pages montrées, les mots échangés autour d’un café. La joie et la satisfaction qui se lisent sur les visages des participantes effacent rapidement ce sentiment incertain qui m’habite.
Ce qui m’a frappée, comme à chaque fois, c’est la diversité des regards, des interprétations. Cinq carnets, cinq vues d’Amsterdam complètement différentes. La même ville, les mêmes canaux, la même lumière et pourtant chaque carnet raconte une histoire unique, avec ses hésitations, ses trouvailles, ses pages non terminées et ses pages pleine d’émotions. C’est pour ça que j’organise ces voyages, pour vivre ces instants ensemble, pour oser créer malgré les doutes, juste embrasser nos hésitations et prendre les pinceaux en main, puis s’émerveiller du chemin parcouru.
Les petits détails en plus…
Nos pieds ont souffert… Amsterdam et ses pavés ne nous ont pas fait de cadeau et on a au final pas mal marché (comme dans toute grande ville qui se respecte).
On a pris notre temps et beaucoup observé avant de poser nos couleurs.
On a mangé des stroopwafels en quantité, trouvé les fameux bonbons au café Hopjes et bu d’innombrables infusions de menthe fraîche.
Samedi, jour en plus, certaines d’entre-nous sont allées à la mer, sous la pluie certes, mais on y a ramassé de magnifiques coquillages avant d’oser tremper nos petons dans l’eau plus que fraîche… Le bonheur total !
Durant tout ce séjour, on a surtout appuyé sur pause et profité de l’instant présent. Ce temps rare et précieux de vraiment regarder un lieu, pas de le photographier, pas de le cocher sur une liste, mais de s’y asseoir, d’y poser les yeux, d’essayer de le comprendre par le trait et les couleurs..
Le carnet de voyage pour moi, c’est un peu tout ça. Une façon de voyager plus lentement, plus profondément, plus personnellement. Une façon de rentrer avec quelque chose qui ressemble vraiment à toi, au moment de ce voyage, un bout d’existence gravé dans le papier et qui vibrera d’émotions chaque fois que tu rouvrira ses pages.
Voici un petit aperçu en vidéo de ce voyage et de nos pages de carnet :
Le prochain voyage, c’est Saint-Gall et Appenzell, du 6 au 8 juin 2026, puis cet été c’est direction Montreux, Evian et la Côte d’Azur. Si tu hésites encore, je suis là pour répondre à tes questions et sinon, fais-toi confiances et viens !
Un kigo (季語, “mot de saison”) est un mot ou une expression associée à une saison, utilisée dans le haiku pour ancrer le poème dans le temps. Un kigo n’est pas une simple étiquette saisonnière : il porte avec lui une résonance émotionnelle et culturelle qui transforme une observation ordinaire en expérience poétique.
Les kigo sont rassemblés dans un saijiki (歳時記, “almanach des saisons”), classés selon la saison et la catégorie à laquelle ils appartiennent. Le saijiki moderne reconnaît cinq saisons — printemps, été, automne, hiver et Nouvel An — et sept catégories.
Les 7 catégories du saijiki
1. 時候 jikō — La saison et le temps Les kigo d’atmosphère : une qualité de lumière, une sensation dans l’air, un état du monde. Ce sont les plus subtils, car ils ne donnent pas d’image concrète mais un cadre émotionnel.
2. 天文 tenmon — Le ciel et les phénomènes naturels Nuages, pluie, brume, vent, lune — le ciel est le premier élément que le poète observe, et l’une des catégories les plus présentes dans la tradition classique.
Exemples : kasumi 霞 (brume de printemps), hanagumori 花曇 (fleurs sous les nuages)
3. 地理 chiri — La terre et la géographie Les paysages saisonniers : montagne, rivière, mer, champs. Des kigo très visuels, ancrés dans un territoire.
Exemples : yuki doke 雪解 (fonte des neiges), yama warau 山笑う (la montagne rit)
4. 生活 seikatsu — La vie quotidienne L’une des catégories les plus surprenantes : nourriture, vêtements, gestes du quotidien. Elle rappelle que la poésie n’est pas seulement dans la nature, mais aussi dans la vie ordinaire.
Exemples : tanemaki 種蒔き (semer les semis), shabon-dama 石鹸玉 (bulles de savon)
5. 行事 gyōji — Les fêtes et observances Les rituels, cérémonies et événements saisonniers récurrents. Des kigo très ancrés dans la culture japonaise, mais dont la logique est universelle. Dans cette catégorie on retrouve également les jours commémoratifs de la mort de grands poètes comme Saigyô, Bashô ou Shiki.
Exemples : hina matsuri 雛祭り (fête des poupées), henro 遍路 (pèlerinage)
6. 動物 dōbutsu — Les animaux Les animaux dont la présence ou le comportement est caractéristique d’une saison. Souvent les kigo les plus accessibles, car ils donnent une image immédiatement vivante.
Exemples : tsubame 燕 (hirondelle), neko no koi 猫の恋 (amour des chats)
7. 植物 shokubutsu — Les plantes Floraisons, feuillages, chute des feuilles — une catégorie très riche, symboliquement chargée, dominée au printemps par les fleurs de prunier et de cerisier.
Exemples : ume 梅 (fleurs de prunier), churippu チューリップ (tulipe)
Une précision importante : la catégorie ne dit pas tout
La classification du saijiki est objective : elle indique où chercher un kigo dans l’almanach, pas comment l’utiliser. Ce que le poète choisit d’explorer, les images qu’il construit, les émotions qu’il convoque — tout cela appartient au poème, pas au saijiki.
Il faut aussi savoir qu’un même mot peut appartenir à des saisons différentesselon son état.
La fleur de cerisier (sakura) est un kigo de printemps, mais ses feuilles (ha-zakura) sont un kigo d’été.
L’hirondelle qui arrive est un kigo de printemps, celle qui repart un kigo d’automne.
Le saijiki ne classe pas des choses : il classe des moments.
Et le kigasanari ?
Il arrive qu’un haiku contienne deux kigo, c’est ce qu’on appelle le 季重なり kigasanari (“kigo superposés”). La tradition classique considère généralement cela comme une maladresse, mais entre les mains d’un poète conscient, c’est un outil qui peut créer une tension très riche entre l’atmosphère générale et un détail précis. En voici un exemple de Akutagawa Ryūnosuke (芥川龍之介, 1892–1927) :
Sauras-tu reconnaître les deux kigo de printemps dans ce haiku ? Une fois trouvés, demande-toi ce que chacun apporte à l’autre…
Si tu veux en savoir plus sur ces catégories de kigo et sur les subtilités du kigasanari, procure-toi le Compagnon de Voyage du Bingo de Printemps : 30 kigo décortiqués, plus de 30 exemples d’auteurs japonais ainsi que des bonus culturels et explicatifs pour t’aider à intégrer les subtilités du haiku japonais dans tes propres poèmes.
La réponse aux deux questions précédentes :
Les kigo sont : uraraka – lumière radieuse et kemushi – la chenille
Uraraka pose la scène et donne l’atmosphère d’un printemps doux et joyeux tandis que kemushi propose un ancrage plus concret et précis sous la forme d’un être vivant qui évolue dans cette lumière. Ici cette superposition de kigo est calculée : les deux kigo se renforcent mutuellement, ils ne se font pas concurrence. C’est la clé !
Ce haiku est d’autres sont détaillés et analysés dans le Compagnon de Voyage.
Kamisaka Sekka 神坂雪佳 (1866–1942) Accessoires pour l’encens, tiré de la série Chigusa 千草 (“Mille herbes”), impression sur bois, encre, encre métallique et couleur sur papier, 1903.
Si le chidori (voir le premier article de cette trilogie) nous invitait à regarder vers la mer et l’horizon, la grue nous oblige à lever les yeux. Grande, blanche, majestueuse, elle traverse le ciel glacé en silence, émouvant les cœurs en profondeur.
Deuxième volet de cette série consacrée aux oiseaux d’hiver dans la culture japonaise, cet article est dédié à la grue tsuru (鶴), une des figures sans doute les plus intéressantes de l’art japonais.
Tsuru 鶴 – la grue de longévité et de lumière
Haute sur pattes, élancée, presque irréelle lorsqu’elle se détache sur la neige, la grue incarne la noblesse, la longévité et l’espérance. Oiseau d’hiver par excellence dans certaines régions du Japon, elle traverse la poésie, les arts décoratifs et la peinture avec une aura singulière.
Tsuji Kakô, “Grues” (Tsuru_zu), paravent à 6 panneaux, vers 1908, encre et couleurs sur papier, Honolulu Museum of Art.
La grue du Japon : un oiseau d’exception
Le terme tsuru (鶴) désigne plusieurs espèces de grues présentes au Japon, mais c’est avant tout la grue à couronne rouge, ou tanchō (丹頂, Grus japonensis), qui occupe la place symbolique centrale dans la culture japonaise. On la reconnaît à son plumage blanc éclatant, ses rémiges noires et, surtout, cette tache rouge vif posée sur le sommet du crâne, qui lui a valu son nom : tancho, littéralement « couronne rouge ».1
Avec une envergure pouvant atteindre deux mètres quarante pour un poids d’environ dix kilos, la grue du Japon est l’un des plus grands oiseaux volants du monde. Elle niche principalement dans les zones humides d’Hokkaido, l’île la plus septentrionale de l’archipel, où elle passe les mois d’hiver dans les marais gelés du parc national de Kushiro-Shitsugen. C’est là, dans le silence cristallin de janvier et février, que se déroule sa célèbre danse nuptiale : sauts élégants, ailes déployées, cris qui portent loin dans la brume, dans une chorégraphie millénaire que les deux partenaires répètent, fidèlement, année après année, car la grue tanchō choisit son partenaire pour la vie.2
Quasiment disparue à la fin du XIXe siècle en raison de la chasse intensive et de la destruction de son habitat, la grue tanchō était considérée comme éteinte au Japon lorsqu’en 1924, à la surprise générale, une dizaine de couples furent redécouverts dans les plaines marécageuses de Tsurui, à l’est d’Hokkaido. L’espèce fut classée Monument naturel en 1935, puis Monument naturel spécial en 1952, entraînant progressivement la mise en place de mesures de protection.3
C’est dans ce contexte qu’un agriculteur du village de Tsurui, Yoshitaka Ito (1919-2000), commença dans les années 1960 à nourrir les grues qui hivernaient dans ses champs de maïs enneigés.4 Désigné officiellement « gardien des tanchō » par le gouvernement d’Hokkaido, il consacra toute sa vie à cette mission. En 1987, la Wild Bird Society of Japan créa sur ses terres le sanctuaire Tsurui-Ito, aujourd’hui l’un des hauts lieux mondiaux de la conservation de l’espèce, où jusqu’à 300 grues viennent s’alimenter chaque hiver.5
La dépendance de la grue à ce nourrissage humain hivernal reste aujourd’hui considérable : lorsque les marais gèlent, les grues peinent à trouver les poissons, libellules, escargots et grenouilles dont elles se nourrissent naturellement. Sans ce soutien, on estime que la population perdrait 90 % de ses individus.6 Contrairement à d’autres espèces de grues, la tanchō d’Hokkaido ne migre pas : elle passe l’hiver sur place, cherchant refuge la nuit dans le lit des rivières encore libres de glace, à l’abri des prédateurs.
Symbolique de la grue tsuru : entre grâce et éternité
Dans la culture japonaise, la grue est infiniment plus qu’un oiseau. Elle est une figure symbolique et familière, habitée d’un sens profond qui traverse toutes les époques.
Sa première et plus ancienne signification est celle de la longévité. La légende dit que la grue vit mille ans et cette durée symbolique est fondamentale dans une culture où la persévérance du vivant face au temps est une valeur importante. Associée à la tortue, autre animal millénaire, la grue forme avec elle un duo iconographique de bon augure omniprésent dans les arts décoratifs : on les retrouve ensemble sur les laques, les soieries, les céramiques et les porcelaines, comme une double promesse de longévité et de stabilité.1 C’est d’ailleurs cette symbolique qui explique la présence de la grue tanchō sur les anciens billets de mille yens japonais : elle y incarnait la prospérité et la bonne fortune (à noté que le design des billets japonais ont été en 2024 et que le grue ne figure pas sur les nouveaux billets).2
À la longévité s’ajoute une dimension d’élévation spirituelle. Dans la cosmologie sino-japonaise influencée par le taoïsme, la grue est l’oiseau qui transporte les immortels vers le ciel.3 Elle est messagère entre le monde terrestre et le monde céleste. Son vol lent et majestueux, sa silhouette blanche dans un ciel d’hiver, évoquent naturellement une présence au-delà du commun.
La grue est aussi un puissant symbole d’union et de fidélité conjugale. Sa danse nuptiale, si spectaculaire, et sa monogamie légendaire en ont fait l’emblème du couple uni par un lien indéfectible. On la retrouve ainsi en abondance dans les kimonos de mariée : les somptueux uchikake (打ち掛け), ces manteaux de cérémonie brodés qui constituent le vêtement le plus formel du mariage traditionnel japonais, sont souvent ornés de grues aux ailes déployées sur fond blanc ou rouge. Revêtir un kimono aux grues le jour de son mariage, c’est s’envelopper dans un vœu de protection, de durée et de félicité.4
La tsuru est un kigo d’hiver, en particulier lorsqu’elle est associée aux paysages enneigés. Dans la poésie classique, elle peut symboliser l’isolement majestueux, mais aussi l’attente et la fidélité.
Contrairement au chidori, dont le cri souligne la solitude du rivage, la grue est souvent décrite visuellement : sa blancheur, la courbe de son cou, l’étendue de ses ailes. Elle se détache du paysage comme une calligraphie vivante sur la page blanche de l’hiver.
Dans le haiku, sa présence suffit à évoquer un espace vaste et silencieux, mais aussi le froid, les marais gelés et la majesté tranquille d’un monde endormi sous la neige. Une seule grue dans la neige peut illuminer un paysage entier.
Quelques haiku tirés de la tradition classique illustrent cette présence poétique :
汐越や鶴はぎぬれて海涼し
shiokoshi ya tsuru ha ginurete umi suzushi
Shiokoshi — les pattes humides d’une grue dans la fraîcheur de la mer1
La présence de la grue dans les arts visuels japonais est aussi ancienne que riche. Des paravents de la période Heian aux peintures sur soie de l’époque Edo, en passant par les estampes ukiyo-e et les œuvres décoratives Rinpa (琳派) (courant décoratif fondé au XVIIe siècle, dont Kōrin est la figure tutélaire), le motif de la grue traverse les siècles en se renouvelant sans cesse — tour à tour naturaliste, décorative ou symbolique.
Voici cinq regards d’artistes mettant la grue à l’honneur :
Ogata Korin, “Grues”, paravent droit à 6 panneaux, période Edo, encre en or sur papier. Freer Gallery of Art.
Ogata Kōrin
Ogata Kōrin(1658–1716) est la figure centrale de l’école Rinpa (琳派)1, ce courant esthétique fondé au début du XVIIe siècle par Kōetsu et Sōtatsu, auquel Kôrin donnera un nouveau souffle et un nom tiré de son propre patronyme.2 Né dans une famille de riches marchands de textiles de Kyoto, Kōrin baigne dès l’enfance dans un univers de formes et de couleurs raffinées.3 Son art se caractérise par des compositions audacieuses, une palette intense, l’usage somptueux de l’or et de l’argent, et une stylisation poussée des motifs naturels qui les transforme en signes presque abstraits.
Dans ses deux paravents aux Grues, conservés aux Freer and Sackler Galleries de Washington, Kōrin déploie plusieurs silhouettes de grues sur un fond d’or et d’argent. Les oiseaux, simplifiés à l’extrême, ne sont plus tout à fait des êtres naturels : ils sont devenus des motifs décoratifs souverains, des formes épurées qui jouent avec l’espace doré comme des idéogrammes posés sur le vide. Les plumages noirs et blancs se détachent avec une netteté absolue sur le fond précieux, créant un rythme visuel à la fois serein et somptueux. La répétition des formes crée une cadence visuelle qui transforme l’oiseau en motif. Chez Kōrin, la grue n’est pas observée, elle est célébrée. La nature n’est plus ici source d’étude ou d’émotion contemplative, mais prétexte à une composition décorative d’une beauté intemporelle.
Cette œuvre témoigne de toute la puissance du style Rinpa : en stylisant la grue, Kōrin la magnifie. Elle devient plus vraie que nature, ou plutôt, elle accède à une vérité autre, purement formelle et spirituelle.
Diaporama ci-dessous : Ogata Korin, “Grues”, paravent gauche et droit à 6 panneaux chacun, période Edo, encre en or sur papier. Freer Gallery of Art.
Cette synthèse entre symbole et ornement influencera durablement les artistes Rinpa, jusqu’à Kamisaka Sekka au début du XXe siècle (voir ci-dessous).
Rinpa (琳派), littéralement « école de Kōrin » : courant esthétique fondé au début du XVIIe siècle par Hon’ami Kōetsu et Tawaraya Sōtatsu, caractérisé par des compositions décoratives audacieuses, un usage somptueux de l’or et de l’argent, et une stylisation poussée des motifs tirés de la nature et de la littérature classique.
MURASE, p.216.
Ibid, p.263.
Itô Jakuchu, “Grues”, panneaux 1 et 2, 18e siècle, encre sur papier, Freer Gallery of Art.
Itō Jakuchū
Itō Jakuchū (1716–1800) est sans doute l’une des personnalités les plus singulières de toute la peinture japonaise. Épicier de Kyoto par origine, peintre autodidacte par vocation, fervent bouddhiste par conviction, il ne se consacre entièrement à la peinture qu’à l’âge de quarante ans. Il ne se réclame d’aucune école et crée un style absolument personnel, qui tient à la fois du naturalisme le plus minutieux et d’une luxuriance quasi mystique.1 Il est également connu comme l’aîné des “Trois excentriques”2 dont l’art fut caractérisé comme “art dissident sans précédent dans l’histoire de la peinture japonaise”.3
Son œuvre maîtresse, Les Images du Royaume coloré des êtres vivants (Dōshoku sai-e), est un ensemble de trente grands rouleaux sur soie offert au temple Shōkoku-ji de Kyoto, réalisé entre 1757 et 1766. Jakuchū y représente avec une précision vertigineuse la faune et la flore de son univers : coqs, paons, poissons, phénix, pruniers en fleurs — et bien sûr, des grues.4
Dans ses panneaux Grues, les oiseaux se déploient parmi les branches fleuries avec une élégance qui touche au sacré. Chaque plume est rendue individuellement, chaque détail est une méditation. La technique dite urazaishiki 裏在式 (application de pigments sur l’envers de la soie pour moduler les couleurs de l’endroit) donne aux plumages une profondeur et une luminosité irréelles.
Chez Jakuchū, les oiseaux semblent habités, dotés chacun d’une personnalité propre. Regarder une grue, c’est regarder le vivant dans son mystère le plus intime.
MURASE, p.340.
Idem.
Ibid, p.331.
Ibid, p.341
Maruyama Okyo, “Grues”, paravent à 6 panneaux, période Anei, 1772. encre, couleurs et feuilles d’or sur papier, Los Angeles County Museum of Art.
Maruyama Ōkyo
Maruyama Ōkyo(1733–1795), contemporain d’Itô, incarne une tout autre démarche. Fondateur de l’école Maruyama (円山派, Maruyma-ha) et figure majeure du XVIIIe siècle, il est considéré comme l’introducteur du réalisme dans la peinture japonaise. Issu d’une famille modeste de la région de Kyoto, il étudie l’école Kanō avant d’élaborer son propre style, influencé par la peinture chinoise des Qing et par les gravures hollandaises qui lui révèlent les ressources de la perspective occidentale.1
Sa méthode est fondée sur l’observation directe de la nature.2 Contrairement à ses contemporains qui travaillent à partir de modèles picturaux hérités, Ōkyo dessine d’après nature — il observe les animaux, les plantes, les effets de lumière avec une attention quasi scientifique.
Dans ce paravent à six panneaux, Ōkyo rassemble sept grues sur un fond entièrement recouvert de feuilles d’or. Chacune est saisie dans une posture différente — l’une se dresse, le cou tendu vers le ciel ; une autre incline la tête pour lisser ses plumes ; deux semblent se faire face dans un dialogue silencieux ; la dernière, isolée sur le panneau de droite, se recourbe sur elle-même dans un mouvement d’une grâce intime. Ce n’est pas une composition symbolique ou décorative : c’est une observation vivante, un instantané de la vie d’un groupe de grues rendu avec une précision anatomique saisissante — chaque plume individualisée, chaque articulation juste, chaque couronne rouge posée avec exactitude.
Et pourtant, le fond d’or abstrait soustrait les oiseaux à tout contexte naturel précis. Pas de sol, pas d’eau, pas de ciel : les grues existent dans un espace hors du temps, ce qui leur confère, malgré (ou grâce à) leur réalisme, une présence presque sacrée. C’est toute la singularité d’Ōkyo : ancrer l’observation la plus rigoureuse dans une mise en scène qui transcende le simple naturalisme.
Ōkyo pratique volontiers la technique dite « sans os » (没骨 mokotsu), où le contour disparaît au profit de lavis d’encre modulés, créant des effets de volume et de matière d’une grande douceur.3 Dans ses représentations de grues, cette technique donne aux plumes une légèreté presque impalpable — comme si l’oiseau était fait d’air et de lumière hivernale.
Katsushika Hokusai, “Grue sur une branche de pin enneigée (雪松に鶴-), estampe polychrome, fin des années 1820, Metropolitan Museum of Art (MET_DP146847).
Katsushika Hokusai
Né à Edo (aujourd’hui Tokyo) en 1760, Katsushika Hokusai(1760-1849) est sans doute l’artiste japonais le plus connu dans le monde occidental. Issu d’une famille modeste, il entre à 19 ans dans l’atelier de l’artiste d’estampe Katsukawa Shunshō (1726-1792), spécialisé dans les portraits d’acteurs.1 Il s’en émancipe rapidement pour explorer de manière quasi autodidacte toutes les écoles picturales de son temps, changeant de nom d’artiste au fil de ses évolutions stylistiques (on lui en compte plus de cent vingt au total, dont six marquent les grandes périodes de son œuvre). Prolifique jusqu’à l’obsession, il aurait produit plus de trente mille œuvres au cours de sa vie.2
On associe souvent Hokusai à la grande vague de Kanagawa, aux paysages monumentaux, au mont Fuji sous toutes ses formes, mais l’artiste, dont l’œuvre colossale embrasse tous les genres, a également consacré une énergie considérable à la peinture d’oiseaux.
Dans l’estampe Deux grues sur un pin enneigé, Hokusai place deux grues blanches juchées sur les branches enneigées d’un pin — association doublement symbolique, puisque le pin est lui aussi un emblème de longévité dans la culture japonaise. Les deux oiseaux se détachent sur un ciel hivernal d’un gris plombé, rendu par un dégradé subtil. La blancheur de la neige contraste avec le vert intense des aiguilles et le rouge de la couronne de la grue : c’est un trio chromatique d’une sobriété et d’une force remarquables. La robe des grues qu’on attendait blanche est de façon surprenante beaucoup plus détaillée et polychrome, comme pour attirer notre regard sur les oiseaux. Dégradé délicat de bleu, orange doux, des couleurs qui viennent agréablement compléter une palette hivernale sobre, mais lumineuse.
Hokusai représente les grues avec une précision quasi scientifique qui rappelle l’ambition naturaliste d’Ōkyo, mais il lui ajoute une dimension universelle : les oiseaux ne sont pas seulement deux êtres vivants dans un paysage d’hiver. Ils sont les gardiens symboliques de la nouvelle année qui vient (cette association symbolique est fortement utilisée dans les décorations et ustensiles en vue du Nouvel An notamment) : oiseaux de longévité posés sur un arbre immortel, image d’espoir et de bon augure au cœur du froid.
Kamisaka Sekka, “Grues” tirée du recueil “Les herbes de l’éternité” (Momoyo-gusa), 1909, estampe polychrome sur papier.
Kamisaka Sekka .
Né à Kyoto en 1866 dans une famille de samouraïs, Kamisaka Sekka (1866-1942) entre à seize ans dans l’atelier de Zuigen Suzuki (1847-1901), où il se forme à la peinture de l’école Shijō (四条派) au style lyrique et naturaliste. Il étudie ensuite sous Kôkei Kishi (1840-1922), artiste et enseignant à l’Ecole municipale des beaux-arts de Kyôto dès 1891. Il l’initiera notamment Sekka au style décoratif de l’école Rinpa (voir plus haut Ogata Kôrin). 1 C’est au contact de cette tradition picturale que Sekka trouve sa voie véritable, en héritant de des grandes figures de Rinpa — Kōetsu, Sōtatsu, Kōrin (voir ci-dessus) — leur sens du décor somptueux et de la nature portée à l’épure.
En 1900, il reçoit une médaille d’or pour son œuvre exposée lors de l’Exposition universelle de Paris.2 De retour à Kyoto, il publie entre 1909 et 1910 son chef-d’œuvre, le Momoyogusa(百々世草, « Les Herbes de l’Éternité »), recueil de 60 planches en couleurs grand format (30 x 22 cm) qui synthétise avec éclat la tradition japonaise et la modernité naissante des motifs décoratifs.3
Dans les planches consacrées aux grues du Momoyogusa, Sekka pousse l’esthétique Rinpa à un point de modernité radicale. Dans cette œuvre, la grue est stylisée avec une grande sobriété. Les aplats de couleur, la simplification des formes et l’organisation rythmique de l’espace traduisent une volonté de synthèse. Sekka ne cherche pas à reproduire la nature fidèlement ; il en capte l’essence décorative. La grue devient un motif intemporel, à la fois héritier d’une longue tradition et pleinement inscrit dans la modernité artistique.
Les grues y sont représentées avec une extrême économie de moyens : quelques courbes, des aplats de blanc, des accents d’or et de noir — et pourtant, l’oiseau est là, pleinement présent, dans toute sa majesté. La stylisation n’appauvrit pas : elle concentre. Elle distille l’essence même de la grue : sa grâce, son élévation, sa blancheur, jusqu’à l’épure absolue. Associée au pin (comme chez Hokusai), cette œuvre symbolise également un vœu de bon augure, de force, de prospérité et de longévité.
Sekka hérite directement de Kōrin et de Sōtatsu, dont il est spirituellement le successeur au sein de la tradition Rinpa, mais sa formation à Kyoto à la fin de l’ère Meiji, au contact de l’art et des influences occidentales naissantes, lui confère une sensibilité visuelle résolument moderne. Ses grues parlent à la fois à la mémoire de la tradition millénaire et à l’œil contemporain. Elles sont intemporelles.
MOSCATIELLO, p.9.
Ibid, p.14.
Ibid, p.16-17.
Boite en laque noire avec poudre d’or et d’argent (hiramaki-e) avec motifs de grues et de roseaux (葦鶴蒔絵重箱), 18e, Metropolitan Museum of Art (MET DP282838).
La grue dans les arts décoratifs et la culture populaire
La tsuru dépasse largement le cadre de la peinture. Elle est omniprésente dans les kimonos de cérémonie, les textiles, les laques, les céramiques et les motifs de Nouvel An. Son image accompagne les moments importants de la vie.
Elle est également devenue un symbole universel à travers l’origami. La grue pliée, rendue mondialement célèbre par l’histoire de Sadako Sasaki, incarne aujourd’hui un message de paix et d’espoir. Plier mille grues (senbazuru) revient à formuler un vœu de guérison ou de longévité.
Le senbazuru : mille grues pour un vœu
La grue est aussi au cœur de l’une des traditions populaires les plus connues du Japon : le senbazuru(千羽鶴), littéralement « mille grues ». Cette pratique est ancienne, mais le premier témoignage écrit que nous en ayons remonte à la période Edo (1603-1868) : un livre intitulé Hiden Senbazuru Orikata (« Le secret du pliage de mille grues »), publié en 1797, en donne les premières instructions écrites connues — tout en laissant entendre que la coutume existait déjà depuis longtemps.1 À l’origine, plier mille grues était un acte accompli pour souhaiter une longue vie à soi-même ou à un proche. Au fil du temps, la tradition s’est élargie à d’autres vœux : guérison d’une maladie, bonheur conjugal, réussite, ou paix dans le monde. Offertes à un être cher malade ou données en cadeau de mariage, ces guirlandes de grues en papier constituent l’un des gestes symboliques les plus forts de la culture japonais.
Cette tradition a pris, au XXe siècle, une dimension universelle grâce à l’histoire de Sadako Sasaki (1943-1955), jeune fille d’Hiroshima exposée aux radiations de la bombe atomique à l’âge de deux ans. Hospitalisée pour une leucémie en 1955, Sadako entreprit de plier mille grues, espérant que les dieux lui accordent la guérison. Elle mourut à douze ans, après avoir confectionné 644 grues selon les sources les plus couramment citées — ses camarades de classe plièrent les grues manquantes en son honneur. En 1958, une statue de Sadako tenant une grue dorée fut érigée dans le Parc de la Paix d’Hiroshima.2 À sa base, on peut lire:
Ceci est notre cri. Ceci est notre prière. Pour construire la paix dans le monde.
Depuis, la grue en papier est devenue dans le monde entier un symbole de paix et d’espoir, et des milliers de senbazuru sont envoyés chaque année à Hiroshima en mémoire des victimes.3
La grue incarne une certaine verticalité : elle s’élève, elle transcende, elle relie la terre et le ciel. Oiseau de l’hiver et de l’éternité, du mariage et de la paix, de la forêt d’Hokkaido et du papier plié entre les doigts d’une enfant, elle traverse la culture japonaise dans toute sa profondeur. Elle est à la fois présence naturelle (majestueuse et concrète dans les marais gelés du nord) et figure métaphysique (messagère des immortels, gardienne de l’éternité).
Dans les arts visuels, sa beauté formelle — ce blanc éclatant, ce rouge discret, ces ailes qui couvrent plusieurs mètres dans leur envol — en a fait un sujet inépuisable. Des paravents dorés aux rouleaux sur soie, des estampes populaires aux compositions plus modernes de Sekka, chaque artiste a trouvé dans la grue un miroir de ses propres aspirations : naturalisme, décoratif, spiritualité, émotion pure.
Le prochain et dernier volet de cette série nous tournera vers un oiseau bien différent, plus humble et plus méconnu : l’huîtrier du Japon (miyakodori), oiseau du souvenir et de la nostalgie poétique.
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Sources
CHIPOT Dominique, KEMMOKU Makoto, Bashô, Seigneur ermite, l’intégrale des haïkus, édition La Table Ronde, 2012.
Ce soleil, les petites pousses qui apparaissent, les premières fleurs, les oiseaux qui chantent?
La nature commence à sortir de sa torpeur de l’hiver et tout bouge de manière presque imperceptible. Pour accompagner ce mouvement, je te propose une expérience d’écriture sensible et progressive :
Le Bingo de Printemps, un rendez-vous créatif pour observer, écrire, ralentir… et laisser la saison nourrir tes poèmes.
Le principe du Bingo
Le Bingo de Printemps repose sur une grille de kigo. A travers ces mot de saison, chaque case est une invitation :
à lire
à approfondir
à méditer
et enfin à écrire
Tu avances à ton rythme. J’ai pensé le bingo sur une période de deux mois (du 1er mars au 30 avril) pour ne pas être stressé par l’injonction d’écrire et de tenir le rythme, mais plus pour laisser infuser les mots et leur univers dans ta poésie.
Tu peux :
suivre l’ordre de la grille,
écrire quand l’inspiration vient,
compléter une ligne,
ou simplement picorer les thèmes qui t’appellent.
Il ne s’agit pas de performance, mais d’attention et de plaisir d’écrire en prenant son temps.
Comment participer ?
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Ce n’est pas une question de niveau, mais bien une question d’implication.
Le kukai demande d’avoir écrit ses haiku en suivant la grille, d’avoir travaillé ses poèmes pour qu’ils te sembles “justes”, mais aussi d’accepter le regard des autres et d’oser comprendre le haiku à travers le prisme de l’échange et de la critique constructive. Cette réunion de poètes s’adresse à celles et ceux qui souhaitent vraiment progresser et investir du temps dans la pratique poétique du haiku.
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Tu as peut-être déjà un carnet qui t’attend sur une étagère… un carnet commencé, abandonné ou trop précieux pour être utilisé…
Et si 2026 était l’année où tu décidais simplement de te lancer ?
Voyager autrement : ralentir, observer, dessiner
Un voyage carnet de voyage, ce n’est pas un circuit touristique classique. Ce n’est pas courir d’un monument à l’autre avec un appareil photo.
C’est marcher. S’arrêter. Choisir un banc, un coin de trottoir, un café. Sortir son carnet. Regarder vraiment.
Attraper une lumière, une ambiance, une couleur.
Dessiner une façade à Amsterdam. Peindre des narcisses au-dessus du Léman. Croquer une rue tranquille à St-Gall.
Le carnet de voyage transforme ta manière de voyager. Il te rend attentif·ve, présent·e, curieux·se. Il t’invite à vivre l’instant présent et à être profondément vivant·e.
C’est la phrase que j’entends le plus souvent et elle en dit long sur les blocages profonds induits par notre éducation et nos fausses croyances.
Tout d’abord, qui a dit qu’il fallait savoir dessiner pour tenir un carnet de voyage?
Certains carnets sont 90% de texte et 10% de photo, il n’y a aucun dessin. Ca rassure, hein?Evidemment, dans le cas d’un carnet illustré, c’est toi qui mets la limite de ce que tu te sens capable de réaliser, mais je t’invite à garder en tête qu’il n’y a qu’une seule vraie règle : faire le premier pas, commencer !
Une fois lancé.e, c’est la pratique qui va faire la différence. Plus tu sais ce que tu aimes, ce que tu veux faire sentir, plus tu sais ce qu’il te faut travailler et c’est là que les résultats se voient.
Mes voyages créatifs ne sont pas faits pour les débutant·es complet·es, mais ils ne sont pas réservés aux artistes professionnels non plus. Ils sont faits pour les personnes qui ont déjà une pratique, même simple (si tu as fait un cours d’initiation aquarelle avec moi par exemple), et qui ont envie d’aller plus loin, et d’inclure une pratique créative à la notion de voyage. L’idée est que tu ne sois pas complétement perdu.e en plein air (ce qui est déjà un défi en soi) et dans un groupe où mon attention va être partagée entre les différents participants.
Ce que je propose, ce n’est pas de produire des œuvres parfaites, mais bien d’oser !
Oser prendre un temps pour soi.
Oser dessiner dehors.
Oser l’aquarelle.
Oser simplifier une façade ou un paysage.
Oser écrire aussi. Oser rater une page… et en tourner une autre.
En petit groupe, je t’accompagne. Je te donne des pistes, des outils, des angles d’observation, mais je ne te tiens pas non plus par la main à chaque instant. Un voyage créatif, c’est aussi apprendre à faire confiance à ton regard et à oser choisir ce qui te convient.
Des séjours artistiques en Suisse et en Europe
Sous réserve de modifications. Les pages produits de chaque voyage sont mis à jour régulièrement sur la boutique en ligne.
Délai d’inscription : du lundi 04 mai au dimanche 09 août, 23h59
**Options durée disponible (choisir de venir 1 ou 2 jours sur 3 par exemple).
Chaque destination est choisie pour sa richesse visuelle, sa culture ou sa lumière.
Chaque programme est pensé pour alterner : – séances encadrées – temps libres – marche et pauses – visites accompagnées ou non
Il est important pour moi que tu restes actif·ve dans ton voyage.
Tu choisis ton hébergement.
Tu organises ton transport.
Pourquoi ? Afin de garantir un voyage qui te ressemble, d’aller au plus près de tes besoins et de ton budget. J’ai envie que tu te sentes libres de choisir les options qui te conviennent.
Pour des destinations hors Europe (Japon en 2027 par exemple), je ferai appel à une agence de voyage pour organiser transports et hébergement, mais ça a un coût. Il m’a semblé plus judicieux de laisser l’organisation pratique des voyages en Suisse et en Europe aux participants pour que tu sois libre. Je reste bien sûr à ta disposition pour des conseils ou des questions pratiques concernant l’organisation de ton voyage.
De mon côté, je crée le cadre artistique et m’assure que tout roule durant les moments ensemble.
Ce que tu vas vraiment ramener
Pas seulement un carnet rempli d’images et de mots, mais également :
une nouvelle confiance dans ton trait
une relation plus libre à la couleur
des souvenirs vivants
une autre manière de regarder le monde
Et souvent, tu repars avec une énergie créative qui continue bien après le retour.
Beaucoup de participant·es me disent que le voyage change leur pratique sur le long terme, qu’ils-elles osent davantage, qu’ils-elles se sentent plus légitimes. Et ça, c’est précieux.
Est-ce que c’est pour toi ?
Oui, si :
tu as déjà une base en dessin ou aquarelle (même très simple)
tu es prêt·e à marcher et dessiner en extérieur
tu aimes les petits groupes
tu veux un cadre, mais pas un voyage “tout organisé”
Non, si :
tu cherches un séjour clé en main sans autonomie
tu cherches un cours pour débuter totalement.
2026 : ton année pour oser
On attend souvent “le bon moment”.
Quand j’aurai plus de temps. Quand je serai meilleur·e. Quand ce sera plus simple.
Mais le bon moment, c’est MAINTENANT !
Les voyages carnet de voyage 2026 sont en ligne. Les groupes sont volontairement limités pour garantir un accompagnement de qualité.
Si l’idée te fait un peu peur et beaucoup envie, c’est probablement bon signe.
Je serais heureuse de t’emmener avec moi dans cette fabuleuse aventure du carnet de voyage. Si tu as des questions n’hésite pas à m’écrire : lejaponavecandrea@gmail.com