Haiku | Challenge Haiga d’été, au fond de la toile

10 oeuvres d’art pour écrire tes meilleurs haiku d’été !

Variation autour du haiga | été 2026

Le principe

Cet été, je te propose un challenge autour du haiga (haiku illustré) pour explorer la notion d’espace entre les mots et les images, ou comment éviter d’illustrer littéralement un poème, mais bien de créer une œuvre à part entière.

Le principe est simple : tous les trois jours, tu reçois une peinture (accès sur ma plateforme de formation en ligne) pour t’inspirer un haiku. C’est une variante du haiga traditionnel, ici on part de l’image pour écrire un haiku. Face à l’oeuvre, une seule règle : ne répète pas ce que tu vois. Le poème ne raconte pas l’image, mais vient la sublimer en exprimant émotions et ressentis, en évitant de partir dans la description de ce que tu y vois.

Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’œuvre et toi.

Tu veux un exemple concret ?

Claude Monet, Marine, 1882 (cette image ne fait pas partie de la sélection du challenge). Source image : https://commons.wikimedia.org

Un haiku un peu trop descriptif :

la mer au matin

je respire doucement

dans le bleu du ciel

AVillat, 2026

Pourquoi trop descriptif ? Entre l’image et le poème on retrouve les même éléments : la mer, le bleu, l’aube, la tranquilité, le calme.

Un exemple plus aventureux :

à ma fenêtre

je rêve de tempête

premières chaleurs

AVillat, 2026

Ici le kigo (premières chaleurs) ne répète pas l’image et on trouve une forte friction entre la douceur de l’oeuvre de Monet et l’évocation de la tempête. Ce que l’on voit depuis la fenêtre pourrait être la vue de Monet, avec cette anticipation des grosses chaleurs qui vont bientôt s’abattre sur nous, mais qui pour l’instant sont encore retardées par la fraîcheur du matin. Le spectateur a tous les éléments pour se raconter une histoire tout en étant ancré dans une saison, mais sans être coincé dans une seule interprétation (cf. l’exemple 1 un peu trop descriptif où tout est logique mais où il manque la place du lecteur).

Dans ce deuxième exemple, la scène est non seulement moins étriquée et les ressentis plus fort, mais le lecteur est également plus actif dans l’ensemble : il ne lit pas juste le poème, il le met en rapport à l’image et ressent ce qui n’est pas dit dans le poème lui-même.

Que penses-tu de cette approche ?

Comment ça marche

  • Dates : Du 1er au 31 juillet 2026, une oeuvre tous les 3 jours.
  • Kukai de clôture : dimanche 02 août 17h30.
  • Options payantes facultatives pour un accompagnement sur mesure.

Du 1er au 31 juillet, une nouvelle oeuvre sera proposée tous les 3 jours pour s’inspirer, se laisser le temps d’écrire et d’être en vacance!

Il y a 10 oeuvres en tout, choisies sur le thème de bord de mer. Cette sélection est tout à fait subjective, j’ai choisis des peintres et des oeuvres qui me plaisent.

Tu travailles à ton propre rythme, depuis tes émotions, en t’inspirant de l’image.

Tu peux partager tes poème directement sur la plateforme dans l’option commentaire ou les partager sur Instagram et Facebook en utilisant le hashtag : #ljaa_challengehaiga et en me tagant @lejaponavecandrea_haiku.

On se retrouve pour un kukai virtuel (réunion de poème pour lire nos poèmes, choisir ceux qui résonnent le plus et enfin partager nos expériences) de clôture le dimanche 02 août (replay disponible directement sur la plateforme).

Pour t’inscrire

Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.

Etape 2 – Reçois un mail de confirmation avec les liens directs vers les options du challenge (gratuit ou payant)

Etape 3 – Tu choisis ton option et te crée un compte sur ma plateforme de formation en ligne Thinkific. Enregistre bien ton identifiant et ton mot de passe pour avoir accès aux oeuvres.

Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).

Tes options

  • Gratuit
    • Les 10 œuvres révélées tous les 3 jours
    • Kukai de clôture dimanche 02 août sur Zoom (replay disponible)
    • Partage dans le groupe
  • Le Compagnon de Voyage — 35 CHF
    • Tout l’accès gratuit inclus
    • Un kigo pour chaque oeuvre
    • Une fiche kigo détaillée avec exemple classique et analyse
    • 30 min d’échange personnalisé en visio sur Zoom

Pour un exemple concret de ce que tu trouveras dans l’accompagnement Compagnon de Voyage, retrouve l’image et la fiche kigo en exemple juste ici.

  • Masterclass Haiga — 80 CHF

2h d’atelier en ligne enregistré pour te donner toutes les clés pour illustrer toi-même tes haiku dans les règles de l’art

Les Bundles

Compagnon de Voyage + Boîte à outils — 75 CHF au lieu de 90 CHF
(Compagnon 35 CHF + Boîte à outils 55 CHF)

Compagnon de Voyage + Masterclass Haiga — 98 CHF au lieu de 115 CHF
(Compagnon 35 CHF + Masterclass Haiga 80 CHF)

Questions fréquentes

Faut-il déjà connaître le haiku ?
Non. L’accès libre est ouvert à tous les niveaux. Si tu débutes et que tu veux approfondir les notions du haiku, les fiches kigo du Compagnon de Voyage sont là pour te donner des repères, même si tu débutes. Tu peux aussi prendre le bundle avec “la boîte à outils” qui est une sorte de bibliothèque d’outils pour mieux comprendre l’univers du haiku et comment écrire de façon plus consciente et dans l’esprit classique du haiku japonais.

Je rate des jours car je suis en vacances, est-ce un problème ?
Pas du tout. Tu travailles à ton rythme. Le kukai de clôture est disponible en replay et les fiches Compagnon restent accessibles après la fin du challenge. Si tu veux échanger avec les autres participants c’est mieux d’être actif durant le mois de juillet, mais pas de pression d’un jour à l’autre.

Est-ce qu’il faut savoir dessiner pour la Masterclass ?
Non. La Masterclass Haiga t’enseigne les principes de composition du haiga : comment l’image et le poème coexistent sans s’expliquer l’un l’autre. Les techniques sont accessibles quel que soit ton niveau.

(C) Le Japon avec Andrea, 2026.

Challenge haiga été 2026 | Compagnon de Voyage | Exemple de fiche kigo complète

Voici une oeuvre de Monet choisie pour servir d’exemple et te donner envie de participer au challenge haiga de cet été et pour aller plus loin, de te procurer l’option Compagnon de Voyage.

Claude Monet, Marine, 1882.

Le principe est de t’inspirer de cette oeuvre de Monet pour écrire ton haiku SANS répéter ce que tu vois. Le poème doit venir sublimer l’oeuvre d’art, pas la raconter autrement et décrire ce que tu y vois. Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’oeuvre et toi, trouve les mots pour exprimer émotions et ressentis sans partir dans la description de l’image.

Dans le Compagnon de Voyage, je te propose pour chaque oeuvre un kigo adapté et son explication détaillée pour que tu puisse l’ajouter à tes outils d’écriture.

Pour cette oeuvre de Monet je te propose comme kigo d’été : natsmeku 初夏, un air d’été.

La fraicheur de l’aube naissante, le calme des vagues et et la douceurs des couleurs évoquent le début de l’été, chaud et lumineux, tout comme natsumeku.

Le kigo 夏めく — Natsumeku — Un air d’été

夏めく (natsumeku) appartient à la famille des 時候 (jikō), les kigo de temps et de saison et à la catégorie des kigo de début d’été 初夏 (shoka). Il désigne un mouvement, un devenir, le monde qui se fait été. Variante : 夏きざす (natsu kizasu), l’été qui pointe, qui germe.1

Traduction possibles :

  • un air d’été
  • début d’été
  • premier signe de l’été
  • l’été commence

Les fleurs du printemps se sont éparpillées, le monde bascule dans les verts touffus, les températures montent et l’air se pare d’un parfum estival. La vie quotidienne elle-même se transforme : on sent que l’été est là.2

  1. https://www.haiku-kigo-ichiran.net/natsumeku/ (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  2. https://kigosai.sub.jp/?s=%E5%A4%8F%E3%82%81%E3%81%8F&x=0&y=0 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Ce qu’il évoque

Natsumeku est un kigo de la transition, ce moment suspendu où le printemps n’est plus tout à fait là et où l’été n’est pas encore pleinement installé. Ce n’est pas la chaleur lourde de juillet, c’est quelque chose de plus discret et de plus vibrant : la lumière qui change d’angle, l’odeur de l’herbe chauffée en fin d’après-midi, les manches qu’on retrousse sans même y penser, le ciel qui prend cette qualité de bleu un peu plus vif, presque impatient.

On peut ajouter le suffixe “-meku” à chacune des quatre saisons, pour créer des expressions saisonnières évoquant l’arrivée de ces saisons. Ce que natsumeku saisit, c’est la sensation avant le fait accompli. L’été n’est pas encore là, mais on le reconnaît déjà dans la façon dont la lumière du soir s’attarde, dans le premier insecte qu’on entend, dans le tissu d’une robe qu’on sort pour la première fois.1

  1. http://sogyusha.org/saijiki/02_summer/natsumeku.html (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Comment l’utiliser dans un haiku

La force de natsumeku est qu’il peut s’appliquer à n’importe quel détail concret (un visage, une rivière, un reflet, une plante,…) pour faire sentir ce basculement de saison. Il fonctionne souvent en début ou en fin de vers, posant une atmosphère que l’image complète.

Ce kigo se prête bien à une écriture du regard : observer un seul détail précis (une couleur, un son, une texture) et laisser natsumeku donner la clé de lecture.

Exemples :

les yeux entrouverts

entre les plis des rideaux

un air d’été

AVillat 2026

le bruit des vagues

derrière la vitre

commence l’été

AVillat 2026

Haiku classique

Watanabe Suiha 渡辺水巴 (1882–1946)

活字よく組めて余白の夏めきぬ
katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu

les caractères

bien agencés et dans les

marges un air d’été

Poème original trouvé sur https://www.haiku-kigo-ichiran.net/natsumeku/ , ligne 85. Traduction LJAA, tous droits réservés.

Le poète — 渡辺水巴 (Watanabe Suiha, 1882–1946)

Watanabe Suiha naît à Tokyo en 1882, fils aîné du peintre Watanabe Seitei 渡辺省亭 (1852–1918). Il étudie auprès de deux grandes figures du haiku moderne, Naitō Meisetsu 内藤鳴雪 (1847–1926) puis Takahama Kyoshi 高浜虚子 (1874–1959)1, avant de fonder et de diriger sa propre revue de haiku, Kyokusui (曲水) “Eau sinueuse”, en référence à une coutume littéraire héritée de Chine.

Ce jeu voyait les poètes s’asseoir au bord d’un ruisseau sinueux dans un jardin, puis ils composaient des poèmes ou des chansons, avant de laisser flotter une coupe depuis l’amont. Les participants la ramassaient, buvaient le saké, puis la laissaient repartir. Autrefois, c’était l’une des fêtes annuelles qui se déroulaient le troisième jour du troisième mois lunaire à la cour impériale et dans les résidences nobles.2

Il publie plusieurs recueils, parmi lesquels Suiha kuchō, Kumazasa et Hakujitsu. Il meurt en 1946, à l’âge de 65 ans.3

  1. https://yeahscars.com/haijin/suiha (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  2. https://kotobank.jp/word/%E6%9B%B2%E6%B0%B4%E3%81%AE%E5%AE%B4-53247 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  3. https://www.weblio.jp/content/%E6%B8%A1%E8%BE%BA%E6%B0%B4%E5%B7%B4 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Analyse du haiku

活字よく組めて余白の夏めきぬ
katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu

  • 活字 katsujī — les caractères d’imprimerie, les types mobiles
  • よく組めて yoku kumete — bien composés, bien agencés
  • 余白 yohaku — les blancs, les marges, l’espace vide de la page
  • no — particule de possession/appartenance
  • 夏めき natsumeki — se sont mis à sentir l’été, ont pris un air estival
  • nu — l’auxiliaire ぬ de l’accompli.

Le haiku se construit en deux gestes et sa force tient dans le pont qui les relie. Le premier geste est concret, presque artisanal : quelqu’un compose une page. Des caractères d’imprimerie qu’on agence, qu’on ajuste, jusqu’à ce que la mise en page soit bonne. C’est un travail de précision, silencieux, méthodique.

Le second geste est d’un tout autre ordre : dans les marges, dans ce qui n’a justement pas été rempli par le travail du compositeur, dans le vide, l’incertain, quelque chose se passe. L’été s’y installe.

Le mot “marges” porte tout le poids du basculement. Les marges ne sont pas un simple décor laissé vide ; elles deviennent le lieu actif du poème, un espace ouvert qui peut accueillir la saison. Le travail humain (bien agencer les caractères) et le mouvement du monde (l’air qui se fait été) se déroulent dans le même espace, mais dans des endroits légèrement différents : l’un dans le plein, l’autre dans le vide.

Cette tension entre plein et vide renforce le kigo natsumeku. Ce mot de saison désigne un état atteint, un seuil franchi (porté par le ぬ de l’accompli en japonais)1, mais ne s’attache à rien de spectaculaire (ni fleur, ni chaleur, ni insecte). Il s’attache au blanc d’une page. À cet espace qui n’a pas été encré.

On peut y lire une forme d’humilité de l’observation poétique : Suiha, fils de peintre, élevé dans un regard attentif à la composition visuelle, ne cherche pas l’été dans la nature qui l’entoure, mais dans le tout petit espace d’un geste de travail quotidien. La saison n’a pas besoin de grandeur pour se révéler, elle se love dans la marge d’une page bien faite, dans ce presque-rien qui, soudain, devient sensible.

  1. Le kireji (mot de césure) ぬ (nu) marque qu’une action ou un changement d’état s’est pleinement réalisé — pas en train de se faire, mais arrivé à son terme. C’est différent de た (ta), qui peut être un simple passé narratif : ぬ (nu) porte une nuance de constat, presque d’aboutissement, parfois avec une légère charge émotionnelle d’étonnement ou de soulagement devant le fait accompli.

Regard croisé — Marine (1882), Claude Monet

Natsumeku désigne ce moment où l’on perçoit l’été avant qu’il ne soit pleinement là : un seuil, une sensation qui précède le fait. C’est un peu ce que capture Monet dans Marine.

Cette huile sur toile de 53,8 × 65,3 cm, peinte à Pourville sur la côte normande, ne représente pas la mer avec précision : c’est une étendue de lavis bleus et verts, presque translucides, que traversent quelques touches de rose et d’ocre à l’horizon. Ce qui retient le regard, c’est autant ce que la peinture ne dit pas — ces zones presque vides, ces blancs irisés en bas du tableau — que ce qu’elle montre.La toile ne montre pas un été établi, avec son ciel franc et ses couleurs tranchées ; elle montre une lumière hésitante, une ligne d’horizon où le rose et l’ocre affleurent à peine entre deux étendues de bleu et de vert. Rien n’est encore fixé. L’eau, le ciel, le sable se confondent dans une matière commune, comme si la saison elle-même n’avait pas encore choisi sa forme. C’est cette qualité suspendue, ce passage qui n’est ni tout à fait l’un ni tout à fait l’autre, que natsumeku nomme en un seul mot : non pas l’été, mais ses prémisses.

Mini-exercice

Réfléchis à ce détail infime qui pour toi déclare que l’été est arrivé. Une odeur, une lumière, un son, la texture d’un tissu ou d’une surface. Essaie de l’écrire en trois vers sans utiliser plusieurs mots de saison, mais en laissant natsumeku porter la saison à lui seul.

Cette fiche est une version « aperçu » des fiches que tu retrouveras dans le Compagnon de Voyage (35 CHF) du challenge haiga. Une exploration approfondie de chaque kigo, avec ses racines, des exemples classiques et un espace pour t’inspirer.

Pour t’inscrire

Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.

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Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).

Je te propose 3 options pour explorer cet univers à ton rythme.

  • Gratuit :
    • tu as accès aux 10 oeuvres (révélées tous les 3 jours)
    • tu as accès au kukai de clôture début aout (replay dispo).
  • Le Compagnon de Voyage | 35 CHF :
    • tu as accès aux avantages de la version gratuite
    • tu as aussi accès à un kigo adapté, une fiche kigo détaillée avec exemple classique, un exemple de haiku choisi pour l’oeuvre
    • je t’offre 30min d’échange personnalisé en visio (différents créneaux disponibles en juillet et aout).
  • Masterclass Haiga | 80 CHF :
    • 2h d’atelier en ligne enregistré pour te donner les clés pour illustrer toi-même tes haiku dans les règles de l’art.
    • un workbook avec références historiques, astuces matériel et exercices de mise en pratique
  • Bundles :
    • Compagnon (35chf) + Boite à outils (55chf) : 75chf au lieu de 90 chf
    • Compagnon (35chf) + Masterclass Haiga (80 chf) : 98 chf au lieu 115 chf

(C) Le Japon avec Andrea, 2026.

HAIKU | Les 7 visages du kigo et le cas particulier du kigasanari

Qu’est-ce qu’un kigo ?

Un kigo (季語, “mot de saison”) est un mot ou une expression associée à une saison, utilisée dans le haiku pour ancrer le poème dans le temps. Un kigo n’est pas une simple étiquette saisonnière : il porte avec lui une résonance émotionnelle et culturelle qui transforme une observation ordinaire en expérience poétique.

Les kigo sont rassemblés dans un saijiki (歳時記, “almanach des saisons”), classés selon la saison et la catégorie à laquelle ils appartiennent. Le saijiki moderne reconnaît cinq saisons — printemps, été, automne, hiver et Nouvel An — et sept catégories.


Les 7 catégories du saijiki

1. 時候 jikō — La saison et le temps Les kigo d’atmosphère : une qualité de lumière, une sensation dans l’air, un état du monde. Ce sont les plus subtils, car ils ne donnent pas d’image concrète mais un cadre émotionnel.

Exemples : nodoka 長閑 (sérénité printanière), uraraka 麗か (radieux)

2. 天文 tenmon — Le ciel et les phénomènes naturels Nuages, pluie, brume, vent, lune — le ciel est le premier élément que le poète observe, et l’une des catégories les plus présentes dans la tradition classique.

Exemples : kasumi 霞 (brume de printemps), hanagumori 花曇 (fleurs sous les nuages)

3. 地理 chiri — La terre et la géographie Les paysages saisonniers : montagne, rivière, mer, champs. Des kigo très visuels, ancrés dans un territoire.

Exemples : yuki doke 雪解 (fonte des neiges), yama warau 山笑う (la montagne rit)

4. 生活 seikatsu — La vie quotidienne L’une des catégories les plus surprenantes : nourriture, vêtements, gestes du quotidien. Elle rappelle que la poésie n’est pas seulement dans la nature, mais aussi dans la vie ordinaire.

Exemples : tanemaki 種蒔き (semer les semis), shabon-dama 石鹸玉 (bulles de savon)

5. 行事 gyōji — Les fêtes et observances Les rituels, cérémonies et événements saisonniers récurrents. Des kigo très ancrés dans la culture japonaise, mais dont la logique est universelle. Dans cette catégorie on retrouve également les jours commémoratifs de la mort de grands poètes comme Saigyô, Bashô ou Shiki.

Exemples : hina matsuri 雛祭り (fête des poupées), henro 遍路 (pèlerinage)

6. 動物 dōbutsu — Les animaux Les animaux dont la présence ou le comportement est caractéristique d’une saison. Souvent les kigo les plus accessibles, car ils donnent une image immédiatement vivante.

Exemples : tsubame 燕 (hirondelle), neko no koi 猫の恋 (amour des chats)

7. 植物 shokubutsu — Les plantes Floraisons, feuillages, chute des feuilles — une catégorie très riche, symboliquement chargée, dominée au printemps par les fleurs de prunier et de cerisier.

Exemples : ume 梅 (fleurs de prunier), churippu チューリップ (tulipe)


Une précision importante : la catégorie ne dit pas tout

La classification du saijiki est objective : elle indique où chercher un kigo dans l’almanach, pas comment l’utiliser. Ce que le poète choisit d’explorer, les images qu’il construit, les émotions qu’il convoque — tout cela appartient au poème, pas au saijiki.

Il faut aussi savoir qu’un même mot peut appartenir à des saisons différentes selon son état.

  • La fleur de cerisier (sakura) est un kigo de printemps, mais ses feuilles (ha-zakura) sont un kigo d’été.
  • L’hirondelle qui arrive est un kigo de printemps, celle qui repart un kigo d’automne.

Le saijiki ne classe pas des choses : il classe des moments.


Et le kigasanari ?

Il arrive qu’un haiku contienne deux kigo, c’est ce qu’on appelle le 季重なり kigasanari (“kigo superposés”). La tradition classique considère généralement cela comme une maladresse, mais entre les mains d’un poète conscient, c’est un outil qui peut créer une tension très riche entre l’atmosphère générale et un détail précis. En voici un exemple de Akutagawa Ryūnosuke (芥川龍之介, 1892–1927) :

uraraka ni kemushi wataru ya matsu no eda

dans la lumière radieuse

une chenille traverse

la branche de pin*

**https://www.haiku-kigo-ichiran.net/uraraka/  ligne 94 (pour la version japonaise, traduction LJAA).

Sauras-tu reconnaître les deux kigo de printemps dans ce haiku ? Une fois trouvés, demande-toi ce que chacun apporte à l’autre…

Si tu veux en savoir plus sur ces catégories de kigo et sur les subtilités du kigasanari, procure-toi le Compagnon de Voyage du Bingo de Printemps : 30 kigo décortiqués, plus de 30 exemples d’auteurs japonais ainsi que des bonus culturels et explicatifs pour t’aider à intégrer les subtilités du haiku japonais dans tes propres poèmes.

La réponse aux deux questions précédentes :

  • Les kigo sont : uraraka – lumière radieuse et kemushi – la chenille
  • Uraraka pose la scène et donne l’atmosphère d’un printemps doux et joyeux tandis que kemushi propose un ancrage plus concret et précis sous la forme d’un être vivant qui évolue dans cette lumière. Ici cette superposition de kigo est calculée : les deux kigo se renforcent mutuellement, ils ne se font pas concurrence. C’est la clé !

Ce haiku est d’autres sont détaillés et analysés dans le Compagnon de Voyage.

…………….

Sources en ligne :

https://worldkigodatabase.blogspot.com/2006/12/seasons-and-

categories.htmlhttp://www.2hweb.net/haikai/renku/500ESWd.html

https://www.ahapoetry.com/aadoh/h_dictionary.htm

http://www.osk.3web.ne.jp/logos/saijiki/indexalprev.html

………

Image d’en-tête:

Kamisaka Sekka 神坂雪佳 (1866–1942) Accessoires pour l’encens, tiré de la série Chigusa 千草 (“Mille herbes”), impression sur bois, encre, encre métallique et couleur sur papier, 1903.

(C) Le Japon avec Andrea, tous droits réservés.

Le renouveau au Japon : pluie, rituels et objets saisonniers

Tsuyu, la saison des pluies

Au Japon, le mois de juin marque l’arrivée du tsuyu (梅雨), littéralement “la pluie des prunes”. A l’origine, ce kigo évoque la pluie qui tombent sur les prunes déjà mûres1, tout comme “le vent bleu du sud” (青風) évoque le vent qui passe dans les jeunes feuilles (bleues) du début d’été. Tsuyu c’est surtout des pluies intenses venues du sud et qui remontent tout le Japon pendant le mois de juin. C’est une saison particulière, enveloppée de brume, de silence mouillé et de reflets changeants. Cette période, qui dure environ un mois et demi, est frappée d’épisodes pluvieux aléatoires, voire de véritables déluges.2 Cette saison, souvent redoutée pour son humidité, est aussi synonyme de renouveau.

La pluie, loin d’être seulement un désagrément, est porteuse de sens : elle nourrit la terre, prépare les rizières, et lave symboliquement les impuretés des six premiers mois de l’année.3 Dans la tradition japonaise, cette transition humide est un moment d’équilibre entre purification, introspection et préparation de l’été

  1. Ima hajimeru hito tame no haiku saijiki, Kadokawa edition, 2022, p.130.
  2. PINON Matthieu, Une année japonaise, immersion dans le quotidien japonais au fil des douze mois de l’année, Ynnis Edition, 2017, p.35.
  3. Ibid, p.42.

Les fleurs de saison : les ajisai

Parmi les symboles les plus emblématiques de cette saison : les ajisai 紫陽花 (hortensias). Ces fleurs aux couleurs changeantes selon l’acidité du sol sont très aimées au Japon, Appréciant l’humidité, cette plante d’Extrême-Orient peut-être bleue (sol acide) à rose (sol alcalin), mais peut passer par toutes les nuances de mauves et de violets.1 Leur floraison coïncide avec les premières grandes pluies, offrant un spectacle à la fois mélancolique et profondément apaisant.2

  1. JEGU Zoé, Japon, l’Archipel aux 72 saisons, éd. Sully, 2023, p.53.
  2. Ima hajimeru hito tame no haiku saijiki, Kadokawa edition, 2022, p.208.

Le rituel de purification de mi-année : Nagoshi no Harae

Chaque 30 juin, les Japonais célèbrent le Nagoshi no Harae (夏越の祓え), un rite ancestral de purification. À cette occasion, de grands cercles de miscanthus ou roseaux de Chine (chinowa) sont installés à la verticale devant les sanctuaires shintô. Le rituel veut qu’on les traverse trois fois avant de réciter une prière pour chasser les impuretés accumulées durant la première moitié de l’année.1
C’est un moment de recentrage personnel mais aussi spirituel, où l’on exprime le désir de commencer l’été avec un esprit purifié. Il est aussi courant de remplir un petit talisman de papier représentant une silhouette humaine (hitogata), sur lequel on souffle ses impuretés avant de le jeter à la rivière ou au feu.2

  1. JEGU, p.67.
  2. Idem.


Un temps propice au repli

Le tsuyu est aussi une saison d’intimité : on ralentit, on reste chez soi, on savoure une tasse de thé en écoutant les gouttes d’eau tomber contre les tuiles. Ce climat doux favorise les activités contemplatives comme la calligraphie, la lecture ou l’écriture de haikus — souvent consacrés à la pluie, aux grenouilles, ou à l’éclosion de la nature estivale.


aogaeru onoremo penki nuritate ka *

青蛙おのれもペンキぬりたてか

elle aussi,

serait-elle fraîchement peinte

la grenouille bleue

Ryûnosuke Akutagawa

*Tiré de Schôgakusei no manga haiku jiten, éd. Gakken, p.105, traduction (C) Le Japon avec Andrea.

Explications

Ici le kigo, ou mot de saison, d’été est “grenouille bleue” (青蛙). C’est une sorte de rainette très répandue au Japon. On l’appelle aussi “grenouille de pluie” car on la voit souvent juste avant la pluie, comme si elle l’annonçait. C’est un kigo évocateur et poétique.

Si le kigo “grenouille” kaeru (蛙 ) est signe du printemps, “grenouille bleue” est associé à l’été et à la saison des pluies.

Ce haiku fait référence à l’aspect brillant que prend la peau de la grenouille sous la pluie, comme si elle avait été peinte. Ici la pluie n’est donc que suggérée et rend le jeu de perception des éléments encore plus délicat.

Un haiku doux, frais et délicat, tout ce qu’on aime!


Bonus : 5 objets japonais liés à la pluie


Pour prolonger cette ambiance, voici 5 objets traditionnels japonais étroitement liés à la saison des pluies :


1. Teru Teru Bôzu (てるてる坊主)
Une petite poupée blanche suspendue aux fenêtres pour faire venir le beau temps. Les enfants les fabriquent en papier ou en tissu, les yeux souvent non dessinés — on les ajoute seulement si le soleil revient.1


2. Kasa (傘)
Le parapluie, évidemment, mais au Japon c’est tout un art. Les wagasa (parapluies traditionnels en bambou et papier huilé) sont encore utilisés pour les festivals, tandis que les parapluies transparents modernes en vinyle sont partout.2


3. Uchiwa (団扇)
Eventail plat, rond, ovale ou carré aux bords arrondis, c’est l’accessoire incontournable de l’été japonais et des lourdes journées humides. Aujourd’hui ils sont aussi utilisé à des fins publicitaire et des versions en plastique sont distribués à la sortie des gares et stations de métro.3


4. Furin (風鈴)
Les clochettes à vent en verre, métal ou céramique. Leur doux tintement accompagne les premières brises d’été et apaise les journées pluvieuses.4


5. Geta (下駄)
Les sandales de bois japonaises, légèrement surélevées, permettent de marcher dans les flaques d’eau sans se mouiller complètement. Leur clac-clac résonne sur les chemins humides.5

  1. JEGU, p.53.
  2. PINON, p.35.
  3. VARNAM-ATKIN Stuart, Le meilleur de la culture japonaise, une vue d’ensemble illustrée, éd Sully, 2017, p.146.
  4. Ibid, p.156.
  5. Le Japon en un coup d’oeil, Kodansha Edition, 2010 , p.34.

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(c) Le Japon avec Andrea

Le printemps s’en va : entre haiku et nihonga avec Kawai Gyokudō

Émotion et impermanence dans Yuku Haru-zu de Kawai Gyokudō

Kawai Gyokudō et la tradition du nihonga

Kawai Gyokudō (川合玉堂, 1873-1957) est un peintre majeur du mouvement nihonga (日本画), littéralement “peinture japonaise”, un style de peinture qui émerge à l’époque Meiji par opposition au style de peinture à l’huile occidentale, alors en vogue1. Spécialisé dans les paysages, il a su capter avec une rare sensibilité les variations des saisons et l’esprit des lieux naturels.

Sa maîtrise du lavis et de la couleur diluée lui permet de restituer l’essence des paysages avec une subtilité qui évoque souvent l’aquarelle.2 Son travail repose sur l’utilisation des pigments minéraux broyés (iwa-enogu, 岩絵具), appliqués sur du papier washi ou de la soie3, avec des nuances feutrées qui transmettent une impression de profondeur et de douceur.

Dans cet article, nous allons découvrir une de ses œuvres majeure : Yuku Haru-zu (行く春図) en écho aux haiku traditionnels de fin de printemps.

  1. https://www.yamatane-museum.jp/english/nihonga/#:~:text=Nihonga,%20a%20general%20term%20for,from%20Western-style%20oil%20painting. [consulté le 26 avril 2025]
  2. https://www.britannica.com/biography/Kawai-Gyokudo [consulté le 26 avril 2025]
  3. https://www.yamatane-museum.jp/english/nihonga/#:~:text=Nihonga,%20a%20general%20term%20for,from%20Western-style%20oil%20painting. [consulté le 26 avril 2025]
Kawai Gyokudō , Le printemps s’en va (panneau gauche), 1916, National Museum of Modern Art, Tokyo

Le regard de Gyokudō dans le contexte de son époque

À l’époque de Kawai Gyokudō, la peinture japonaise traversait une période de profondes mutations. L’ère Meiji (明治時代 1868-1912) avait ouvert le Japon aux influences occidentales, provoquant une remise en question des formes artistiques traditionnelles1. Gyokudō, formé auprès de masters comme Hashimoto Gahō (橋本雅邦, 1835–1908) — l’un des piliers du renouveau du style Nihonga —, s’inscrit dans ce mouvement de préservation et d’évolution de l’esthétique classique. Très tôt reconnu, il expose régulièrement aux expositions gouvernementales (Bunten, 文展), où il reçoit plusieurs distinctions, dont le prestigieux titre de membre de l’Académie impériale des arts (Teikoku Bijutsuin, 帝国美術院)2. Ses paysages, souvent empreints d’une profonde poésie naturelle, s’opposent aux tendances plus modernistes de contemporains comme Yokoyama Taikan (横山大観, 1868–1958), préférant au spectaculaire une attention silencieuse aux rythmes des saisons et à l’émotion du passage du temps. Sa peinture, tout en restant fidèle aux matériaux traditionnels, incarne une sensibilité nouvelle : un Japon entre mémoire ancestrale et mélancolie moderne.

  1. Waves of renewal, modern Japanese prints 1900 to 1960, catalogue d’exposition, Hotei Publishing, Leiden, 2016, p.11.
  2. https://www.tobunken.go.jp/materials/bukko/8857.html [consulté le 26 avril 2025]

Le kigo Yuku Haru (行く春) et sa symbolique dans l’univers du haiku

Dans la poésie japonaise, yuku haru (行く春, “le printemps qui s’en va”) est un kigo (mot de saison) propre au printemps. Il exprime la transition entre la douce floraison et l’approche inéluctable de l’été1. Contrairement à l’exaltation des cerisiers en fleurs (sakura), yuku haru traduit un sentiment plus mélancolique, une prise de conscience de l’impermanence (mujō, 無常), concept central dans la culture japonaise et le bouddhisme zen. Plus que simplement le printemps, c’est aussi la nostalgie de la jeunesse qui s’en va qui est ainsi évoquée.2

Dans l’univers du haïku, ce kigo est souvent associé à la nostalgie et à l’éphémère, comme dans ce célèbre haïku de Yosa Buson (1715-1783) :

kinofu kure / kefu mata kurete / yuku haru ya

hier s’est terminé

aujourd’hui se termine

le printemps s’en va3

  1. Ima hajimeru hito no tameno Haiku saijiki shinban (L’almanach du haiku pour débutants, nouvel édition), KADOKAWA corporation, Tôkyô, 2023, p.22.
  2. http://www.osk.3web.ne.jp/logos/saijiki/saijikifp.html [consulté le 26 avril 2025]
  3. COLLET Hervé et CHENG Wing fun, “Ah! le printemps, le printemps, ah! ah le printemps”, éd Moundarren, 1991, p.146.
Kawai Gyokudō , Le printemps s’en va (panneau droit), 1916, National Museum of Modern Art, Tokyo

Analyse technique de Yuku Haru-zu (行く春図)

Réalisée en 1916, Yuku Haru-zu est une œuvre monumentale de Kawai Gyokudō, mesurant 183,0 × 390,0 cm, et conservée au Musée national d’art moderne de Tokyo. Cette peinture, exécutée selon les techniques du nihonga (日本画), combine pigments minéraux broyés (iwa-enogu, 岩絵具) et encre sur soie, offrant une palette délicate de teintes pastel. Gyokudō y déploie une maîtrise exceptionnelle des lavis pour représenter les reflets de l’eau et la transparence de l’air printanier. L’artiste a accordé une attention particulière à la représentation du mouvement de l’eau, s’inspirant de ses croquis réalisés lors d’un voyage à Nagatoro dans la région de Chichibu, où il a observé le courant de la rivière et les cerisiers en fleurs1. ​

    Dans le premier panneau, la scène s’ouvre sur une rivière paisible, où des bateaux glissent doucement sur l’eau, évoquant une atmosphère de sérénité. Les rives sont bordées de cerisiers en fleurs, dont les pétales tombent délicatement, portés par la brise printanière. Cette représentation symbolise la beauté éphémère du printemps et le passage du temps.​

    Le second panneau poursuit cette ambiance contemplative, mettant en scène des embarcations naviguant sur la rivière, accompagnées de personnages qui semblent absorbés dans leurs pensées. L’ensemble de l’œuvre capture le moment fugace où le printemps cède la place à l’été, incarnant à merveille le concept japonais de yuku haru (行く春), “le printemps qui s’en va”.​

    1. https://www.masterpiece-of-japanese-culture.com/paintings/parting-spring-by-kawai-gyokudo?utm_source=chatgpt.com [consulté le 26 avril 2025]

    L’ensemble de l’œuvre nous invite à la contemplation et à l’acceptation du cycle des saisons. Gyokudō ne cherche pas à figer la beauté printanière, mais plutôt à en transmettre la poésie fugace. L’artiste nous invite à une méditation sur l’impermanence de la nature et la beauté des instants transitoires, en harmonie avec les principes esthétiques du nihonga et la sensibilité japonaise aux saisons.

    yuku haru ya / shunjun toshite / hosozakura

    le printemps qui s’en va

    s’attarde dans les derniers

    cerisiers en fleurs1

    1. Poème de Yosa Buson, tiré de COLLET Hervé et CHENG Wing fun, “Ah! le printemps, le printemps, ah! ah le printemps”, éd Moundarren, 1991, p.148.

    Avec Yuku Haru-zu, Kawai Gyokudō capture l’essence même de l’éphémère. Cette œuvre résonne avec la sensibilité japonaise face au passage du temps, une sensibilité que l’on retrouve aussi dans l’art du haïku. En contemplant ces panneaux, nous devenons nous aussi spectateurs du printemps qui s’en va, conscients que chaque instant de beauté est appelé à disparaître pour mieux renaître.

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    Haiku décortiqué #4 : Santôka

    Pour ce nouvel “haiku décortiqué”, je t’invite à découvrir un haiku d’automne de Santôka Tenada (1882-1940), moine zen, vagabond et poète.

    Petite récapitulation de ce qu’on attend d’un haiku classique:

    • la métrique 5-7-5, qui donne au haiku classique tout son sens et rend le poème réutilisable dans différentes situations (renga).
    • 1 kigo ou mot de saison qui pose un décor, provoque des images et des sensations dans l’imaginaire du lecteur
    • 1 mot de césure qui viendra donner de la profondeur au poème en suggérant une émotion plus ou moins intense.

    L’analyse en image :

    *haijin = poète haiku

    La métrique 5-7-5

    Ici la métrique 5-7-5 n’est pas respectée, mais c’est un choix délibéré et même revendiqué par l’auteur.

    En effet, Santôka fait partie de cette nouvelle vague de haijin du début du 20e siècle qui voyaient la forme classique du haiku comme obsolète et figée dans un carcan de règles et d’images ayant perdu leur sens. Il prônait donc l’abandon de la métrique ainsi que l’utilisation du kigo (mot de saison) au profit d’une forme poétique complétement libre. Pour lui la poésie repose sur la “pure expérience” du poète et de sa manière unique de la retranscrire et de la partager au monde.1

    Avec ce poème, j’ai envie de t’inviter à la réflexion.

    Si les poètes du début du 20e siècle se sont rebellés contre les règles du haiku classique (haikai de Bashô et haiku de Shiki), comment aujourd’hui, peut-on différencier un haiku de forme libre (sans règles) d’un poème court ? En d’autres termes, est-ce qu’un poème libre reste un haiku ?

    Donne-moi ton avis en commentaire ou par retour de mail.

    1.COLLET Hervé, CHENG Wing fun, A la recherche de l’instant perdu, anthologie du haiku, éd. Moundarren, 1991, p.7-8.

    Un kigo

    Ici, même si pour Santôka le kigo n’est pas obligatoire, on trouve le kigo shigure ou “averse d’automne”. Ce terme ajoute une dimension de solitude liée à cette saison. Ce seul mot donne tout son sens à ce poème si court. On comprends ainsi l’importance du kigo qui permet de faire résonner scène et expérience dans le corps et le cœur du lecteur. Sans le lecteur, ce poème serait un peu nu.

    Un mot de césure

    Le mot de césure dans ce poème est ka, soit la question. Le poète (et le lecteur) se trouve dans un moment d’incertitude ou l’appel aux souvenirs et à l’imaginaire est fortement sollicité. Ainsi face au doute évoquée par cette scène, chacun se remémore le bruit de la pluie d’automne, amortie par les feuilles mortes, forte de cette odeur terreuse, en comparaison à la tempête d’été si violente et le pluie de printemps si salutaire.

    Pour toi, quelle bruit fait la pluie d’automne ?

    Alors ?

    Et toi, quelle est ton interprétation?

    Est-ce que dans tes poèmes tu arrives à suggérer ce genre de scène on es-tu encore trop dans la description?

    Pour aller plus loin…

    Découvre les poèmes de Santôka avec ce recueil aux éditions Moundarren : Santôka, zen, saké et haïku, 2013.

    Pour t’aider avec les kigo et les mots de césure, découvre mes leporello, des outils mini format idéal pour t’accompagner dans ton écriture.

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    (C) Le Japon avec Andrea, 2023, tous droits réservés.

    HAIKU : matcha et rituel d’écriture

    Dans cet article, j’avais envie de te partager mon petit moment d’écriture, particulièrement propice quand vient l’automne et ses premières vagues de froids.

    En temps normal, j’aime aller me promener et me laisser inspirer par la nature. Exposer son corps aux éléments rends les kigo beaucoup plus concret et permet parfois de “débloquer” l’écriture.

    Aujourd’hui je te partage un autre rituel d’écriture que j’aime bien, qui ne nécessite pas cette fois de chausser bottes et cache-nez.

    Le rituel

    1. J’aime me fouetter un thé matcha (voir la recette ci-dessous) ou me préparer une boisson chaude qui me fait du bien, m’installer confortablement sous un plaid ou à la fenêtre près du radiateur et sortir mon cahier dédié au haiku.
    2. Je choisis un kigo qui me plaît, m’inspire, me questionne ou me semble propice à l’écriture à ce moment précis.
    3. Je fais une liste de mots et d’émotions que m’évoque ce kigo. J’essaye d’ouvrir mon champ lexical et de me laisser surprendre.
    4. Je laisse le ou les poèmes venir à moi, tranquillement, sans pression.
    5. Tout en finissant mon matcha, je prends le temps de me détacher du/des poèmes écrits. C’est peut-être l’occasion de lire un ou deux haiku de mon auteur préféré ou de regarder par la fenêtre les jeux colorés de l’automne.
    6. Je prends ensuite le temps de relire mon/mes haiku (ça peut être plusieurs jours plus tard, donnant lieu à un nouveau moment de thé).

    Les points à vérifier:

    • la métrique 5-7-5
    • 1 seul kigo
    • 1 seule émotion
    • pas de répétitions (de sons, de sens,…)
    • pas de rimes
    • est-ce qu’il y a de la place pour ton lecteur ?

    Si un ou des points ne sont pas respecter ou me posent problème, je retravaille le poème ou j’en écris un nouveau.

    Ce travail d’écriture est vraiment important et me permet de mieux me connecter à ma sensibilité et aux vibrations de la saison en cours. Je me sens ancrée dans le moment présent et quand je reviens sur ces poèmes plus tard, ils me satisfont et je me sens validée dans mon écriture.

    Si je ne fais pas ce travail, par la suite je suis souvent déçue par mes poèmes car je réalise après coup qu’ils sont vides de sens ou redondant et qu’ils ne transmettent pas l’émotion ou le “tableau” que j’avais envie de partager.

    Tu veux un exemple ?

    Premier jet

    sourire fugace

    les doigts du vent

    à la surface de l’eau

    -> pas de kigo, trop descriptif, pas d’émotion

    Version après travail

    sourire fugace

    dansant au vent d’automne

    nos ombres mêlées

    -> plus d’espace et de zones d’interprétation pour le lecteur.

    Si tu veux découvrir toutes les étapes de travail d’un poème à l’autre, rejoins “Haiku : la boîte à outils”. J’y ai posté une vidéo où je détaille tout le processus.

    Est-ce que toi aussi tu retravailles tes haiku ou préfères-tu les laisser tels quels ? Est-ce que tu aimes relire tes anciens poèmes ? J’ai hâte de te lire.

    Recette du matcha

    Matériel nécessaire:

    • un bol chawan ou bol à thé. Peut être remplacé par un bol d’environ 15cm de diamètre à fond assez plat.
    • une cuillère chashaku, longue cuillère en bois qui sert à mesurer le matcha (peut être remplacé par une cuillère à café)
    • un fouet chasen, fouet en bambou spécifique à la préparation du thé matcha, ou un petit fouet de cuisine.

    Ingrédients (pour un thé léger usucha)

    • 2 cuillères chashaku (env. 1 c.c) de poudre de thé matcha
    • 160 ml d’eau à 80 C°
    • un wagashi de saison (pâtisserie traditionnelle japonaise) ou un morceau de takuan (pâte de haricot rouge sucré en barre) facile à trouver dans les magasins d’alimentation japonaise. Peut être remplacé par une petite pâtisserie occidentale.

    Préparation du thé

    1. Faire chauffer l’eau jusqu’à frémissement (ne pas faire bouillir l’eau).
    2. Verser 2 cuillères chashaku de poudre de thé dans le bol.
    3. Verser environ 160 ml d’eau frémissante sur le thé et fouetter délicatement avec le chasen (ou le fouet de cuisine).
    4. Manger la pâtisserie japonaise AVANT de boire le thé. La douceur du wagashi va contrebalancer l’amertume du matcha et sublimer ton expérience.

    Enjoy!

    (c) Le Japon avec Andrea, 2023.

    La roue des kigo d’été

    Bon, ok , c’est toujours pas une roue, mais l’essentiel est là!

    Tu es en panne d’inspiration?

    Tu n’arrives pas à choisir un kigo ?

    Tu veux un peu de fun dans ta vie ?

    Bam, voilà une petite joie à ajouter à ta liste aujourd’hui!

    Mode d’emploi

    Fais une capture d’écran (ou une photo avec ton téléphone si tu ne sais pas ce qu’est une capture d’écran…) de ma petite animation ci-dessous pour découvrir le kigo à utiliser aujourd’hui !

    L’idée te plait?

    Découvre ma boite à outils spécial écriture de haiku!

    Le principe?

    Des jeux, des défis, des explications et des exercices concrets pour réellement comprendre et intégrer les notions recherchées dans tout bon haiku qui se respecte (dixit Bashô) :

    • des kigo efficaces
    • les mots de césures
    • la recherche de la simplicité
    • la maîtrise de la suggestion (au détriment de la description)
    • la légèreté
    • l’humour
    • la confrontation de l’immuable et de l’éphémère
    • etc.

    Une fois que tu t’es procuré la boite à outils, tu y auras accès indéfiniment ainsi qu’à toutes les mises à jours (et nouveautés).

    Infos et inscription ici !

    Haiku décortiqué #3 : Matsuo Bashô

    Pour ce nouvel “haiku décortiqué”, je t’invite à découvrir un haiku d’été de Matsuo Bashô (1644-1694).

    Petite récapitulation de ce qu’on attend d’un haiku classique:

    • la métrique 5-7-5, qui donne au haiku classique tout son sens et rend le poème réutilisable dans différentes situations (renga).
    • 1 kigo ou mot de saison qui pose un décor, provoque des images et des sensations dans l’imaginaire du lecteur
    • 1 mot de césure qui viendra donner de la profondeur au poème en suggérant une émotion plus ou moins intense.

    L’analyse en image:

    La métrique 5-7-5

    Si ici le poème entier fait bien 17 syllabes, la métrique 5-7-5 est un peu bousculée en français… (en japonais elle est bien présente).”Le chant des cigales” est une ligne en 5+ (5 syllabes + 1 e muet) et la troisième ligne est de 4 syllabes.

    Étant une traduction et non un de mes poèmes, j’ai choisi de privilégier le sens japonais et de ne pas ajouter un adjectif qui compléterait la métrique. Pourquoi? Parce que Bashô n’a pas préciser la nature de son silence. Est-ce que c’est un silence doux? profond? salvateur? étonnant? Mystère. En traduction, choisir d’ajouter un adjectif ou un mot risque de donner une autre intension au poème que celle initialement voulue par Bashô. Risque que je n’ai pas voulu prendre!

    En japonais, une des raisons pour lesquelles la métrique 5-7-5 est tellement utilisée en littérature, est qu’elle est naturellement présente dans la langue japonaise. Des expressions et locutions courantes utilisent cette métrique et comme on le voit bien ici, shi-zu-ka-ya, pas besoin de fioriture.

    En français bien sûr, c’est un peu différent. Donc si pour combler le nombre de syllabes tu choisis de mettre un adjectif, voici quelques questions à te poser :

    • Qu’est-ce que ce mot va apporter à ton poème ?
    • Est-ce que tu as déjà mis 3 autres adjectifs ?
    • Est-ce qu’il y a répétition ?
    • Est-ce que cet adjectif supporte le sens général de ton poème ou est-ce qu’il amène de la confusion ?
    • Est-il vraiment utile au niveau du sens ?
    • Comment faire pour le rendre utile ?

    Un kigo

    Ici le chant des cigale, élément incontournable des étés à la campagne. Il s’agit d’un kigo très efficace car si tu as déjà passé un été dans le sud ou près des champs, tu sais ce qu’il implique: chaleur, soleil, silence lourd de la sieste, bruit de fond incessant, etc. Pour chaque lecteur, l’effet sera différent. Ce qui est certain, c’est qu’une panoplie de sensations et d’émotions vont surgir du fond de chaque mémoire pour rendre ce kigo tangible et donner une dimension sonore et vivante à ce poème.

    Un mot de césure

    Ici le mot de césure en japonais est ya, qui donne une nuance de surprise, d’étonnement et d’admiration. Si kana marque plutôt l’emphase, ya marque la surprise suivie de l’admiration face à l’élément qui le précède, ici le calme, la tranquillité, le silence (shizukasa).

    Attention, il y a autant d’interprétation que de lecteur! Par exemple, est-ce que chant des cigales est tellement présent qu’on finit par ne plus l’entendre? est-ce que le chant des cigales fait partie intégrante du “tableau” de l’été et confère à ce temps estival son rythme calme? est-ce qu’au contraire, parce que l’auteur est dans la montagne le chant des cigales est littéralement absorbé par la roche? Tout est possible.

    Alors ?

    Et toi, quelle est ton interprétation?

    Est-ce que ce genre d’analyse poussée t’aide, te questionne, te confond en perplexité ? N’hésite pas à partager tes ressentis avec moi.

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    (C) Le Japon avec Andrea, 2023, tous droits réservés.

    Haiku décortiqué #2 : Fukuda Chiyo.ni

    Pour continuer sur le thème des papillons, voici un magnifique haiku de Chiyo.ni, une des poétesses les plus célèbre de l’époque Edo.

    Petite récapitulation de ce qu’on attend d’un haiku classique:

    • la métrique 5-7-5, qui donne au haiku classique tout son sens et rend le poème réutilisable dans différentes situations (renga).
    • 1 kigo ou mot de saison qui pose un décor, provoque des images et des sensations dans l’imaginaire du lecteur
    • 1 mot de césure qui viendra donner de la profondeur au poème en suggérant une émotion plus ou moins intense.

    L’analyse en image :

    La métrique 5-7-5

    Dans la traduction, j’ai choisi de laissé la ligne 1 un simple, c’est-à-dire sans chercher à combler la syllabe manquante. J’aurais pu mettre “de ces papillons” par exemple, mais cela aurait changé radicalement le sens du poème et la scène suggérée au lecteur. Ici l’accent est mis sur la ligne 3 (avec la césure). Ce que Chiyo.ni nous invite à regarder ces sont les fleurs des champs qui lui rappelle les rêves des papillons. “Ces papillons” donnerait à penser qu’elle voit les papillons, l’effet serait plus centré sur les papillons, ce qui n’est pas le choix de l’auteur.

    Quand on a 17 syllabes pour charmer son lecteur, chaque mot a une importance cruciale. Ici il s’agit d’une traduction donc le travail est un peu différent, mais quand tu écris un poème essaye vraiment de trouver les mots justes. Si tu veux rajouter un adjectif pour combler le nombre syllabes par exemple, demande-toi toujours qu’est-ce que ce mot apporte? qu’est-ce que cet adjectif va provoquer comme images chez ton lecteur? est-ce qu’il vient renforcer l’émotion principale de ton poème ou est-ce qu’il va juste détourner l’attention de ton lecteur?

    Un kigo

    Ici le kigo est clairement les papillons. Voici la définition de ce kigo par Seegan Mabesoone sur son site proposant un éphéméride à l’usage des poètes :

    Au printemps, les premiers papillons naissent de leur chrysalide, et sont encore visibles tout l’été et une partie de l’automne. Si les papillons ressemblent aux fleurs, c’est certainement parce que le seul but de leur vie est de butiner, librement. Quand on ne précise pas la saison, il suffit de dire “papillon” pour évoquer le printemps.

    Seegan Mabesoone, http://www.osk.3web.ne.jp/logos/saijiki/saijikifp.html, n°100.

    Les fleurs des champs ici viennent rehausser le kigo par un jeu d’échos. Les papillons légers et colorés du printemps et les fleurs colorées parsemant les champs, tous vouées à une fin précoce, symboles de l’éphémère.

    Un mot de césure (kireji)

    Il vaut mieux penser mot de césure que “la césure” car ce terme peut prêter à confusion avec son utilisation en littéraire française. Dans le haiku, le mot de césure sert à donner de l’émotion, sert à faire réagir le lecteur et l’invite à faire des liens avec sa propre expérience.

    Ici le mot de césure est kana*. Il suggère l’admiration et invite le lecteur à savourer le(s) mot(s)que le précède(nt). Dans ce poème, tu es donc invité.e à “vivre” le champs de fleurs, à voir les coquelicots et les bleuets, à sentir les doux parfums venir à toi au gré du vent, etc. Cette profondeur émotionnelle est sublimée par la légère surprise du lien fait entre les papillons et les fleurs tout comme la vague d’émotion provoquée par ce spectacle des champs colorés.

    *En japonais moderne, kana marque l’incertitude, ce n’est pas le cas en japonais classique.

    Alors ?

    Qu’est-ce que tu en dis ? Est-ce que ce genre d’analyse poussée t’aide, te questionne, te confond en perplexité ? N’hésite pas à partager tes ressentis avec moi.

    (c) av, Sakura et papillon I, 2023.

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