du 13 au 17 Avril 2026 · 5 jours en immersion avec un petit groupe · beaucoup de plaisir et un joli carnet rempli
Il y a des voyages qui tiennent leurs promesses. Amsterdam en avril en fait partie.
Je le savais, quelque part, j’avais imaginé les canaux, les façades penchées, les tulipes partout, mais ce qu’on n’imagine jamais vraiment, c’est la saveur d’un voyage quand on le vit carnet en main. Les couleurs, les odeurs, la fatigue des pavés, la lumière qui change régulièrement et ce moment suspendu où le groupe sort ses pinceaux et que la ville devient soudain l’objet de toute notre attention.
Voilà ce que j’ai envie de te raconter de ce voyage.

Quelques pages avant de partir
J’aime préparer mon voyage en amont et cela implique préparer quelques pages de carnet :
- Une page de titre avec l’itinéraire prévu.
- Une page de matériel qui peut changer selon le type de voyage.
- Une page intentions et/ou objectifs.
- Pourquoi ce voyage ?
- Qu’est-ce je souhaite vivre comme expérience ?
- Quelle est ma priorité du moment? etc.
- Une page budget pour garder une trace et mieux anticiper les dépenses.
- Une page “listes” avec ce que je veux ramener, ce que je veux goûter sur places (spécialités), ce que je veux visiter, etc.
- Une page “blobs de couleurs” à remplir tout au long du voyage avec des anecdotes et autres petits bouts de vie.
Ces pages me permettent de me plonger dans le voyage avant d’être partie, de me projeter, mais aussi de garder en tête le pourquoi du voyage et au retour (ou plus tard), me souvenir de l’état d’esprit de ce voyage en particulier
Voici mes premières pages du voyage à Amsterdam :
Lundi 13 avril · Premiers pas, premières pages
On s’est retrouvées à la gare centrale en début d’après-midi. Cette façade néo-gothique un peu intimidante qui annonce la couleur : Amsterdam ne fait pas dans la discrétion.
A cause du vent on a dû renoncer à faire l’atelier devant la gare, bien trop exposée, mais les photos ont été prises et tous le monde se réjouit de relever le défi le soir même.
Première séance sur le Damrak, à côté des bateaux de location, face aux belles bâtisses anciennes. Couleurs, fenêtres, toits et reflets dans l’eau, idéal pour un premier atelier et prendre ses marques tranquillement. Aquarelle, feutres, stylo, chaque participante a trouvé son médium préféré pour rendre la douceur de cet après-midi et la beauté subtile de la vieille Amsterdam.
Le premier exercice du séjour, c’est toujours le même : ouvrir le carnet. Juste ça. Poser le crayon ou le pinceau sur la page et commencer, sans savoir encore ce que ça va donner. Il y a toujours un peu d’hésitation dans le groupe à ce moment-là, ce blanc qui attend, cette impression de ne pas être à la hauteur du lieu. C’est normal. C’est même sain. Le carnet de voyage commence exactement là, dans cet inconfort, et ensemble, on se lance !
On a peint et dessiné. Maladroitement pour certaines, avec assurance pour d’autres et à la fin de la séance, chaque carnet avait déjà quelque chose d’unique.

On continue par une balade dans le quartier de De Wallen, le plus vieux d’Amsterdam. Des ruelles médiévales, des façades qui penchent, des vélos garés sur tous les ponts et cette lumière de fin d’après-midi, dorée et un peu brumeuse. A cause du vent et de la fatigue du voyage, on ne s’arrête pas pour peindre, mais on continue notre joyeuse balade jusqu’au Begijnhof, un lieu calme et spirituel à l’ambiance douce et feutrée. Un très joli moment partagé.
On a fini dans un café pour un high tea bien mérité. On en parle des infusions de menthe fraîche qu’on trouve absolument parti ici? Décidément ce stage commence très bien !
Mardi 14 avril · Musée Willet-Holthuysen et canaux
Une journée sur les canaux.
On a commencé par aller au Musée Willet-Holthuysen, une bâtisse du 17e siècle réaménagée au 19e. A sa mort Louisa lègue tous ses biens à la ville d’Amsterdam. Le couple Louisa et Abraham Willet-Holthuysen reste célèbre pour leur investissement social et culturel. Le couple vivant largement sur l’héritage colossal de Louisa voyage beaucoup en Europe et se façonnent une collection d’art et d’objets qu’ils exposent dans les différentes pièces de leur maison du Herengracht. Si Louisa reste en retrait en raison de son rang social et de sa condition de femme mariée, elle reste très active en arrière-plan et supervisera (et financera) notamment l’achat de toutes les œuvres d’art de leur impressionnante collection. L’accroche des tableaux changeait régulièrement à l’exemple des nombreux musées que le couple avait visité durant leurs voyages en Europe.
Une visite hors du temps racontée par un audio-guide de qualité pour aller à la rencontre de cette femme pionnière, trop souvent éclipsée par son mari dilapidaire. Déambuler dans cette maison aux hautes fenêtres, aux murs couverts de tapisseries et de tableaux et rencontrer les objets qui ont accompagnés la vie extravagante d’un couple du 19e, c’est ce que nous offre ce joli petit musée.
Et dans nos carnets? De petits bouts de vie glanés ici et là au détour d’une œuvre, d’une catelle ou d’un objet du mobilier. Croquis rapides, feutres de couleurs et choisir les petites choses qui rendent cette visite inoubliable.
De mon côté, les œuvres représentant les animaux de compagnie de Louisa, il y en avait beaucoup, témoins de l’amour de leur maîtresse mais aussi des normes sociales de l’époque. Louisa utilisait aussi ces animaux, dont ses chiens, pour contourner l’interdiction aux femmes de se promener sans leur mari. Les promenades des chiens lui permettaient ainsi de sortir plusieurs fois par jour avec sa dame de compagnie. J’ai aussi beaucoup aimé le vaisselier rempli d’assiettes et de plats ornés de légumes et de petits insectes de tout genre. Est-ce que le couple mangeait vraiment dans ces assiettes ? Autant de petites questions qui ont jalonné cette visite.

Après un lunch rapide au Café Marcella sur le Prinsengracht, où on a goûté les fameuses kroketten (sorte de croquettes fourrées), on s’est installées le long du canal pour une session aquarelle et dessin.
Ce que les photos ne disent pas, c’est que l’eau bouge, le reflet des maisons tremble, un couple de jeunes mariés a choisi le même spot pour leurs photos de mariage, à chaque passage de bateau les eaux du canal ondulent, venant perturber les lignes et les formes soigneusement posées, nous forçant soudain à observer à nouveau. C’est là que le travail du carnet de voyage commence vraiment. Apprendre à lâcher le contrôle. Accepter que l’aquarelle fasse sa propre vie sur le papier humide. Observer les couleurs des façades, ce brun-orangé des briques, ce blanc cassé des encadrements, ce vert lumineux des jeunes feuilles se détachant sur le bleu vibrant du ciel et essayer de les poser sur la page, jusqu’à trouver un angle, une composition, une émotion qui sonne juste.
On a fini avec une balade le long du Reguliersgracht jusqu’à la Rembrandtplein pour nous imprégner de l’ambiance typique de ce quartier bâti sur l’eau et admirer les tulipes accrochées aux fenêtres.
Mercredi 15 avril · Zaanse Schans et les moulins
Ce 3e jour on a changé de plan. Les champs de tulipes au nord d’Amsterdam n’étaient fleuris qu’à 30% et vu le coté isolé des champs et la météo incertaine, il m’a semblé plus sûr de changer de programme.
Direction Zaanse Schans, à quinze minutes de bus de Centraal Station : les moulins emblématiques des Pays-Bas, au bord d’une rivière, dans un paysage de carte postale.
Oui, c’est touristique et les groupes de visiteurs se bousculent un peu partout, oui les boutiques de souvenirs sont pleines, mais les moulins, eux, sont vrais. Immenses, lents, indifférents à tout ça. Ils tournent dans le vent silencieusement, sans se soucier de nous. Le bruit de leurs pales dans le vent, les couleurs rouges et vertes des toits, la lumière changeante, autant d’éléments qui ont fait de cette journée un moment d’exception.

On a trouvé un coin tranquille à l’écart et on a dessiné. Le ciel hollandais, ce grand ciel plat et lumineux qu’on voit dans tous les tableaux de Vermeer et de Ruisdael, était exactement là, au-dessus de nous. Gris et or à la fois. Changeant toutes les dix minutes.
Avant de rentrer, une pause au café pour gouter les fameuses pannekoeken, sorte de crêpe typique d’ici où le salé se mêle au sucré, surprenant et délicieux.
Une des participantes m’a dit en rangeant son carnet : « Je pensais que ce serait trop touristique pour être inspirant. Finalement c’est la page dont je suis le plus fière. » C’est souvent comme ça, l’important est de sortir son carnet et d’oser. Le plaisir de peindre en plein air vient souvent enrichir l’expérience et le résultat nous surprend toujours un peu.
Jeudi 16 avril · Vondelpark et Van Gogh
Une journée plus douce, plus contemplative, entre verdure et musées.
Le matin au Vondelpark, balade et contemplation dans ce magnifique parc de 48 hectares avec ses arbres, ses cagettes de tulipes en fleurs voguant sur l’étang. Le calme de ce moment suspendu est ancré dans nos carnets grâce à une séance aquarelle et dessin autour des textures et de la végétation, avant de rejoindre le Museumplein.

On a commencé par croquer l’extérieur du Rijksmuseum, façade imposante et petit parc, puis le musée Van Gogh. On n’y peint pas, trop de monde, mais on observe et on croque les petits détails qui nous plaisent. On prend des notes aussi : une couleur, une impression, un titre de tableau, une citation, la façon dont Van Gogh construit une atmosphère avec des coups de pinceau qu’on voit de près et qui semblent presque violents, mais qui se transforment plus on s’éloigne, jusqu’à devenir un champ, un océan ou une scène d’intérieur.
Le soir, les carnets se sont remplis de pages inspirées par les tableaux. Sans les copier, mais en gardant l’essence de la visite. C’est tout l’intérêt de vivre un musée carnet en main plutôt qu’un appareil photo, les émotions sont plus fortes, les images plus nettes et les souvenirs plus lumineux.

Vendredi 17 avril · Le Jordaan et la clôture
Dernier matin ensemble. On s’est retrouvées devant la Maison d’Anne Frank, dans le quartier du Jordaan, avec ses ruelles étroites, ses ponts fleuris, ses hofjes cachés derrière des portes ordinaires. Après une balade sur le Bloemgracht et une visite rapide de Sint Andrieshof on a visité le musée de la Tulipe. Visite très intéressante complétée par un tour à sa boutique où graines, bulbes et goodies en tout genre mettaient la tulipe à l’honneur.

On a longé le canal jusqu’à la Bartolotti Huis pour une dernière séance de dessin : sa façade imposante, ses pignons ornementés, ses fenêtres qui donnent sur le canal. Et puis, vers 11h30, le moment que j’appréhende toujours un peu, la clôture du stage. Les carnets ouverts, les pages montrées, les mots échangés autour d’un café. La joie et la satisfaction qui se lisent sur les visages des participantes effacent rapidement ce sentiment incertain qui m’habite.
Ce qui m’a frappée, comme à chaque fois, c’est la diversité des regards, des interprétations. Cinq carnets, cinq vues d’Amsterdam complètement différentes. La même ville, les mêmes canaux, la même lumière et pourtant chaque carnet raconte une histoire unique, avec ses hésitations, ses trouvailles, ses pages non terminées et ses pages pleine d’émotions. C’est pour ça que j’organise ces voyages, pour vivre ces instants ensemble, pour oser créer malgré les doutes, juste embrasser nos hésitations et prendre les pinceaux en main, puis s’émerveiller du chemin parcouru.
Les petits détails en plus…
- Nos pieds ont souffert… Amsterdam et ses pavés ne nous ont pas fait de cadeau et on a au final pas mal marché (comme dans toute grande ville qui se respecte).
- On a pris notre temps et beaucoup observé avant de poser nos couleurs.
- On a mangé des stroopwafels en quantité, trouvé les fameux bonbons au café Hopjes et bu d’innombrables infusions de menthe fraîche.
- Samedi, jour en plus, certaines d’entre-nous sont allées à la mer, sous la pluie certes, mais on y a ramassé de magnifiques coquillages avant d’oser tremper nos petons dans l’eau plus que fraîche… Le bonheur total !
- Durant tout ce séjour, on a surtout appuyé sur pause et profité de l’instant présent. Ce temps rare et précieux de vraiment regarder un lieu, pas de le photographier, pas de le cocher sur une liste, mais de s’y asseoir, d’y poser les yeux, d’essayer de le comprendre par le trait et les couleurs..
Le carnet de voyage pour moi, c’est un peu tout ça. Une façon de voyager plus lentement, plus profondément, plus personnellement. Une façon de rentrer avec quelque chose qui ressemble vraiment à toi, au moment de ce voyage, un bout d’existence gravé dans le papier et qui vibrera d’émotions chaque fois que tu rouvrira ses pages.
Le prochain voyage, c’est Saint-Gall et Appenzell, du 6 au 8 juin 2026, puis cet été c’est direction Montreux, Evian et la Côte d’Azur. Si tu hésites encore, je suis là pour répondre à tes questions et sinon, fais-toi confiances et viens !
Photos, textes et pages de carnets : Andrea Villat · Le Japon avec Andrea, tous droits réservés.





































































































