Haiku | Challenge Haiga d’été, au fond de la toile

10 oeuvres d’art pour écrire tes meilleurs haiku d’été !

Variation autour du haiga | été 2026

Le principe

Cet été, je te propose un challenge autour du haiga (haiku illustré) pour explorer la notion d’espace entre les mots et les images, ou comment éviter d’illustrer littéralement un poème, mais bien de créer une œuvre à part entière.

Le principe est simple : tous les trois jours, tu reçois une peinture (accès sur ma plateforme de formation en ligne) pour t’inspirer un haiku. C’est une variante du haiga traditionnel, ici on part de l’image pour écrire un haiku. Face à l’oeuvre, une seule règle : ne répète pas ce que tu vois. Le poème ne raconte pas l’image, mais vient la sublimer en exprimant émotions et ressentis, en évitant de partir dans la description de ce que tu y vois.

Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’œuvre et toi.

Tu veux un exemple concret ?

Claude Monet, Marine, 1882 (cette image ne fait pas partie de la sélection du challenge). Source image : https://commons.wikimedia.org

Un haiku un peu trop descriptif :

la mer au matin

je respire doucement

dans le bleu du ciel

AVillat, 2026

Pourquoi trop descriptif ? Entre l’image et le poème on retrouve les même éléments : la mer, le bleu, l’aube, la tranquilité, le calme.

Un exemple plus aventureux :

à ma fenêtre

je rêve de tempête

premières chaleurs

AVillat, 2026

Ici le kigo (premières chaleurs) ne répète pas l’image et on trouve une forte friction entre la douceur de l’oeuvre de Monet et l’évocation de la tempête. Ce que l’on voit depuis la fenêtre pourrait être la vue de Monet, avec cette anticipation des grosses chaleurs qui vont bientôt s’abattre sur nous, mais qui pour l’instant sont encore retardées par la fraîcheur du matin. Le spectateur a tous les éléments pour se raconter une histoire tout en étant ancré dans une saison, mais sans être coincé dans une seule interprétation (cf. l’exemple 1 un peu trop descriptif où tout est logique mais où il manque la place du lecteur).

Dans ce deuxième exemple, la scène est non seulement moins étriquée et les ressentis plus fort, mais le lecteur est également plus actif dans l’ensemble : il ne lit pas juste le poème, il le met en rapport à l’image et ressent ce qui n’est pas dit dans le poème lui-même.

Que penses-tu de cette approche ?

Comment ça marche

  • Dates : Du 1er au 31 juillet 2026, une oeuvre tous les 3 jours.
  • Kukai de clôture : dimanche 02 août 17h30.
  • Options payantes facultatives pour un accompagnement sur mesure.

Du 1er au 31 juillet, une nouvelle oeuvre sera proposée tous les 3 jours pour s’inspirer, se laisser le temps d’écrire et d’être en vacance!

Il y a 10 oeuvres en tout, choisies sur le thème de bord de mer. Cette sélection est tout à fait subjective, j’ai choisis des peintres et des oeuvres qui me plaisent.

Tu travailles à ton propre rythme, depuis tes émotions, en t’inspirant de l’image.

Tu peux partager tes poème directement sur la plateforme dans l’option commentaire ou les partager sur Instagram et Facebook en utilisant le hashtag : #ljaa_challengehaiga et en me tagant @lejaponavecandrea_haiku.

On se retrouve pour un kukai virtuel (réunion de poème pour lire nos poèmes, choisir ceux qui résonnent le plus et enfin partager nos expériences) de clôture le dimanche 02 août (replay disponible directement sur la plateforme).

Pour t’inscrire

Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.

Etape 2 – Reçois un mail de confirmation avec les liens directs vers les options du challenge (gratuit ou payant)

Etape 3 – Tu choisis ton option et te crée un compte sur ma plateforme de formation en ligne Thinkific. Enregistre bien ton identifiant et ton mot de passe pour avoir accès aux oeuvres.

Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).

Tes options

  • Gratuit
    • Les 10 œuvres révélées tous les 3 jours
    • Kukai de clôture dimanche 02 août sur Zoom (replay disponible)
    • Partage dans le groupe
  • Le Compagnon de Voyage — 35 CHF
    • Tout l’accès gratuit inclus
    • Un kigo pour chaque oeuvre
    • Une fiche kigo détaillée avec exemple classique et analyse
    • 30 min d’échange personnalisé en visio sur Zoom

Pour un exemple concret de ce que tu trouveras dans l’accompagnement Compagnon de Voyage, retrouve l’image et la fiche kigo en exemple juste ici.

  • Masterclass Haiga — 80 CHF

2h d’atelier en ligne enregistré pour te donner toutes les clés pour illustrer toi-même tes haiku dans les règles de l’art

Les Bundles

Compagnon de Voyage + Boîte à outils — 75 CHF au lieu de 90 CHF
(Compagnon 35 CHF + Boîte à outils 55 CHF)

Compagnon de Voyage + Masterclass Haiga — 98 CHF au lieu de 115 CHF
(Compagnon 35 CHF + Masterclass Haiga 80 CHF)

Questions fréquentes

Faut-il déjà connaître le haiku ?
Non. L’accès libre est ouvert à tous les niveaux. Si tu débutes et que tu veux approfondir les notions du haiku, les fiches kigo du Compagnon de Voyage sont là pour te donner des repères, même si tu débutes. Tu peux aussi prendre le bundle avec “la boîte à outils” qui est une sorte de bibliothèque d’outils pour mieux comprendre l’univers du haiku et comment écrire de façon plus consciente et dans l’esprit classique du haiku japonais.

Je rate des jours car je suis en vacances, est-ce un problème ?
Pas du tout. Tu travailles à ton rythme. Le kukai de clôture est disponible en replay et les fiches Compagnon restent accessibles après la fin du challenge. Si tu veux échanger avec les autres participants c’est mieux d’être actif durant le mois de juillet, mais pas de pression d’un jour à l’autre.

Est-ce qu’il faut savoir dessiner pour la Masterclass ?
Non. La Masterclass Haiga t’enseigne les principes de composition du haiga : comment l’image et le poème coexistent sans s’expliquer l’un l’autre. Les techniques sont accessibles quel que soit ton niveau.

(C) Le Japon avec Andrea, 2026.

Challenge haiga été 2026 | Compagnon de Voyage | Exemple de fiche kigo complète

Voici une oeuvre de Monet choisie pour servir d’exemple et te donner envie de participer au challenge haiga de cet été et pour aller plus loin, de te procurer l’option Compagnon de Voyage.

Claude Monet, Marine, 1882.

Le principe est de t’inspirer de cette oeuvre de Monet pour écrire ton haiku SANS répéter ce que tu vois. Le poème doit venir sublimer l’oeuvre d’art, pas la raconter autrement et décrire ce que tu y vois. Le haiku se trouve dans l’espace qui se crée entre l’oeuvre et toi, trouve les mots pour exprimer émotions et ressentis sans partir dans la description de l’image.

Dans le Compagnon de Voyage, je te propose pour chaque oeuvre un kigo adapté et son explication détaillée pour que tu puisse l’ajouter à tes outils d’écriture.

Pour cette oeuvre de Monet je te propose comme kigo d’été : natsmeku 初夏, un air d’été.

La fraicheur de l’aube naissante, le calme des vagues et et la douceurs des couleurs évoquent le début de l’été, chaud et lumineux, tout comme natsumeku.

Le kigo 夏めく — Natsumeku — Un air d’été

夏めく (natsumeku) appartient à la famille des 時候 (jikō), les kigo de temps et de saison et à la catégorie des kigo de début d’été 初夏 (shoka). Il désigne un mouvement, un devenir, le monde qui se fait été. Variante : 夏きざす (natsu kizasu), l’été qui pointe, qui germe.1

Traduction possibles :

  • un air d’été
  • début d’été
  • premier signe de l’été
  • l’été commence

Les fleurs du printemps se sont éparpillées, le monde bascule dans les verts touffus, les températures montent et l’air se pare d’un parfum estival. La vie quotidienne elle-même se transforme : on sent que l’été est là.2

  1. https://www.haiku-kigo-ichiran.net/natsumeku/ (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  2. https://kigosai.sub.jp/?s=%E5%A4%8F%E3%82%81%E3%81%8F&x=0&y=0 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Ce qu’il évoque

Natsumeku est un kigo de la transition, ce moment suspendu où le printemps n’est plus tout à fait là et où l’été n’est pas encore pleinement installé. Ce n’est pas la chaleur lourde de juillet, c’est quelque chose de plus discret et de plus vibrant : la lumière qui change d’angle, l’odeur de l’herbe chauffée en fin d’après-midi, les manches qu’on retrousse sans même y penser, le ciel qui prend cette qualité de bleu un peu plus vif, presque impatient.

On peut ajouter le suffixe “-meku” à chacune des quatre saisons, pour créer des expressions saisonnières évoquant l’arrivée de ces saisons. Ce que natsumeku saisit, c’est la sensation avant le fait accompli. L’été n’est pas encore là, mais on le reconnaît déjà dans la façon dont la lumière du soir s’attarde, dans le premier insecte qu’on entend, dans le tissu d’une robe qu’on sort pour la première fois.1

  1. http://sogyusha.org/saijiki/02_summer/natsumeku.html (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Comment l’utiliser dans un haiku

La force de natsumeku est qu’il peut s’appliquer à n’importe quel détail concret (un visage, une rivière, un reflet, une plante,…) pour faire sentir ce basculement de saison. Il fonctionne souvent en début ou en fin de vers, posant une atmosphère que l’image complète.

Ce kigo se prête bien à une écriture du regard : observer un seul détail précis (une couleur, un son, une texture) et laisser natsumeku donner la clé de lecture.

Exemples :

les yeux entrouverts

entre les plis des rideaux

un air d’été

AVillat 2026

le bruit des vagues

derrière la vitre

commence l’été

AVillat 2026

Haiku classique

Watanabe Suiha 渡辺水巴 (1882–1946)

活字よく組めて余白の夏めきぬ
katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu

les caractères

bien agencés et dans les

marges un air d’été

Poème original trouvé sur https://www.haiku-kigo-ichiran.net/natsumeku/ , ligne 85. Traduction LJAA, tous droits réservés.

Le poète — 渡辺水巴 (Watanabe Suiha, 1882–1946)

Watanabe Suiha naît à Tokyo en 1882, fils aîné du peintre Watanabe Seitei 渡辺省亭 (1852–1918). Il étudie auprès de deux grandes figures du haiku moderne, Naitō Meisetsu 内藤鳴雪 (1847–1926) puis Takahama Kyoshi 高浜虚子 (1874–1959)1, avant de fonder et de diriger sa propre revue de haiku, Kyokusui (曲水) “Eau sinueuse”, en référence à une coutume littéraire héritée de Chine.

Ce jeu voyait les poètes s’asseoir au bord d’un ruisseau sinueux dans un jardin, puis ils composaient des poèmes ou des chansons, avant de laisser flotter une coupe depuis l’amont. Les participants la ramassaient, buvaient le saké, puis la laissaient repartir. Autrefois, c’était l’une des fêtes annuelles qui se déroulaient le troisième jour du troisième mois lunaire à la cour impériale et dans les résidences nobles.2

Il publie plusieurs recueils, parmi lesquels Suiha kuchō, Kumazasa et Hakujitsu. Il meurt en 1946, à l’âge de 65 ans.3

  1. https://yeahscars.com/haijin/suiha (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  2. https://kotobank.jp/word/%E6%9B%B2%E6%B0%B4%E3%81%AE%E5%AE%B4-53247 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).
  3. https://www.weblio.jp/content/%E6%B8%A1%E8%BE%BA%E6%B0%B4%E5%B7%B4 (source en japonais, consulté le 21.06.2026).

Analyse du haiku

活字よく組めて余白の夏めきぬ
katsujiyoku kumete yohaku no natsumekinu

  • 活字 katsujī — les caractères d’imprimerie, les types mobiles
  • よく組めて yoku kumete — bien composés, bien agencés
  • 余白 yohaku — les blancs, les marges, l’espace vide de la page
  • no — particule de possession/appartenance
  • 夏めき natsumeki — se sont mis à sentir l’été, ont pris un air estival
  • nu — l’auxiliaire ぬ de l’accompli.

Le haiku se construit en deux gestes et sa force tient dans le pont qui les relie. Le premier geste est concret, presque artisanal : quelqu’un compose une page. Des caractères d’imprimerie qu’on agence, qu’on ajuste, jusqu’à ce que la mise en page soit bonne. C’est un travail de précision, silencieux, méthodique.

Le second geste est d’un tout autre ordre : dans les marges, dans ce qui n’a justement pas été rempli par le travail du compositeur, dans le vide, l’incertain, quelque chose se passe. L’été s’y installe.

Le mot “marges” porte tout le poids du basculement. Les marges ne sont pas un simple décor laissé vide ; elles deviennent le lieu actif du poème, un espace ouvert qui peut accueillir la saison. Le travail humain (bien agencer les caractères) et le mouvement du monde (l’air qui se fait été) se déroulent dans le même espace, mais dans des endroits légèrement différents : l’un dans le plein, l’autre dans le vide.

Cette tension entre plein et vide renforce le kigo natsumeku. Ce mot de saison désigne un état atteint, un seuil franchi (porté par le ぬ de l’accompli en japonais)1, mais ne s’attache à rien de spectaculaire (ni fleur, ni chaleur, ni insecte). Il s’attache au blanc d’une page. À cet espace qui n’a pas été encré.

On peut y lire une forme d’humilité de l’observation poétique : Suiha, fils de peintre, élevé dans un regard attentif à la composition visuelle, ne cherche pas l’été dans la nature qui l’entoure, mais dans le tout petit espace d’un geste de travail quotidien. La saison n’a pas besoin de grandeur pour se révéler, elle se love dans la marge d’une page bien faite, dans ce presque-rien qui, soudain, devient sensible.

  1. Le kireji (mot de césure) ぬ (nu) marque qu’une action ou un changement d’état s’est pleinement réalisé — pas en train de se faire, mais arrivé à son terme. C’est différent de た (ta), qui peut être un simple passé narratif : ぬ (nu) porte une nuance de constat, presque d’aboutissement, parfois avec une légère charge émotionnelle d’étonnement ou de soulagement devant le fait accompli.

Regard croisé — Marine (1882), Claude Monet

Natsumeku désigne ce moment où l’on perçoit l’été avant qu’il ne soit pleinement là : un seuil, une sensation qui précède le fait. C’est un peu ce que capture Monet dans Marine.

Cette huile sur toile de 53,8 × 65,3 cm, peinte à Pourville sur la côte normande, ne représente pas la mer avec précision : c’est une étendue de lavis bleus et verts, presque translucides, que traversent quelques touches de rose et d’ocre à l’horizon. Ce qui retient le regard, c’est autant ce que la peinture ne dit pas — ces zones presque vides, ces blancs irisés en bas du tableau — que ce qu’elle montre.La toile ne montre pas un été établi, avec son ciel franc et ses couleurs tranchées ; elle montre une lumière hésitante, une ligne d’horizon où le rose et l’ocre affleurent à peine entre deux étendues de bleu et de vert. Rien n’est encore fixé. L’eau, le ciel, le sable se confondent dans une matière commune, comme si la saison elle-même n’avait pas encore choisi sa forme. C’est cette qualité suspendue, ce passage qui n’est ni tout à fait l’un ni tout à fait l’autre, que natsumeku nomme en un seul mot : non pas l’été, mais ses prémisses.

Mini-exercice

Réfléchis à ce détail infime qui pour toi déclare que l’été est arrivé. Une odeur, une lumière, un son, la texture d’un tissu ou d’une surface. Essaie de l’écrire en trois vers sans utiliser plusieurs mots de saison, mais en laissant natsumeku porter la saison à lui seul.

Cette fiche est une version « aperçu » des fiches que tu retrouveras dans le Compagnon de Voyage (35 CHF) du challenge haiga. Une exploration approfondie de chaque kigo, avec ses racines, des exemples classiques et un espace pour t’inspirer.

Pour t’inscrire

Etape 1 – Remplis le formulaire d’inscription ci-dessous.

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Etape 4 – A partir du mercredi 1er juillet tu auras accès directement aux oeuvres dans ton “Tableau de bord” sur la plateforme Thinkific (menu d’en-tête).

Je te propose 3 options pour explorer cet univers à ton rythme.

  • Gratuit :
    • tu as accès aux 10 oeuvres (révélées tous les 3 jours)
    • tu as accès au kukai de clôture début aout (replay dispo).
  • Le Compagnon de Voyage | 35 CHF :
    • tu as accès aux avantages de la version gratuite
    • tu as aussi accès à un kigo adapté, une fiche kigo détaillée avec exemple classique, un exemple de haiku choisi pour l’oeuvre
    • je t’offre 30min d’échange personnalisé en visio (différents créneaux disponibles en juillet et aout).
  • Masterclass Haiga | 80 CHF :
    • 2h d’atelier en ligne enregistré pour te donner les clés pour illustrer toi-même tes haiku dans les règles de l’art.
    • un workbook avec références historiques, astuces matériel et exercices de mise en pratique
  • Bundles :
    • Compagnon (35chf) + Boite à outils (55chf) : 75chf au lieu de 90 chf
    • Compagnon (35chf) + Masterclass Haiga (80 chf) : 98 chf au lieu 115 chf

(C) Le Japon avec Andrea, 2026.

Ohara Koson – Le silence vivant de la nature

Un artiste discret au cœur d’un renouveau


Né en 1877 à Kanazawa, Ohara Koson (小原 古邨) est une figure singulière de l’estampe japonaise du début du XXe siècle. Il traverse une époque de bouleversements, où l’art japonais oscille entre traditions millénaires et influences occidentales croissantes. Formé d’abord à la peinture de style nihonga (peinture traditionnelle japonaise), Koson se spécialise ensuite dans un genre à la fois ancien et en pleine mutation : les kachō-e, ou “images d’oiseaux et de fleurs”.

Son nom véritable était Ohara Matao. Il prendra d’abord le nom d’artiste Shōson (昇邨), puis Koson, notamment lorsqu’il commence à produire des estampes destinées à l’exportation.
Contrairement à d’autres artistes de la même époque, il ne cherche pas à peindre les foules, les villes modernes ou les femmes sophistiquées de Tokyo. Il préfère capter le souffle du vivant, dans des scènes naturelles à première vue simples, mais d’une grande finesse d’observation. Libellule sur une feuille de lotus, papillon en vol, moineau dans la neige… tout est dans la pureté de l’instant.

Ohara Koson, “Mouettes au-dessus des vagues”, estampe Shin-hanga, vers 1915.

Le contexte : entre tradition et renouveau

Ohara Koson émerge dans un Japon qui a connu l’ouverture forcée à l’Occident (ère Meiji, 1868–1912) et une rapide modernisation. Cette transition entraîne le déclin de l’estampe traditionnelle ukiyo-e, concurrencée par la photographie et la presse illustrée. Mais au début du XXe siècle, un renouveau s’amorce avec le mouvement shin-hanga (新版画), ou « nouvelle estampe ».
Le shin-hanga combine les méthodes artisanales japonaises (dessin, gravure sur bois, impression manuelle), avec une sensibilité picturale moderne : lumière, atmosphère, expressivité.

Dans ce mouvement, Koson joue un rôle particulier : il ne se consacre ni aux paysages (fūkei-ga), ni aux portraits féminins, mais presque exclusivement au genre kachō-e. Il renouvelle avec élégance cette tradition ancienne, proche de l’esthétique du haiku, qui célèbre la nature dans son dépouillement.

Ohara Koson, “Deux carpes koi”, estampe Shin-hanga, vers 1910.

Le mouvement shin-hanga

Le terme shin-hanga (新版画) signifie littéralement « nouvelle gravure ». Ce courant artistique est né au Japon au début du XXe siècle, autour des années 1910, en réponse au déclin de l’estampe traditionnelle ukiyo-e. Il s’agit d’un renouveau artistique qui cherche à préserver l’art de l’estampe sur bois tout en l’adaptant aux goûts modernes — notamment à ceux des collectionneurs occidentaux.
Le shin-hanga garde la méthode artisanale de production en collaboration entre l’artiste, le graveur, l’imprimeur et l’éditeur (comme chez les ukiyo-e), mais s’ouvre à :

  • des effets de lumière inspirés de la peinture occidentale (ombres, reflets, couchers de soleil),
  • une approche plus naturaliste dans les visages, les paysages ou les animaux,
  • une ambiance plus émotionnelle et poétique.


Ohara Koson s’est inscrit dans ce mouvement, même s’il s’est spécialisé presque exclusivement dans un genre très particulier…

Ohara Koson, “Chat et bol au poisson rouge”, estampe Shin-hanga, 1931.


Le genre kachō-e

Le mot kachō-e (花鳥絵) signifie « images de fleurs et d’oiseaux » (花 ka = fleur, 鳥 chō = oiseau, 絵 e = image). C’est un sous-genre de l’estampe japonaise qui remonte à bien avant Koson, mais auquel il a donné une nouvelle élégance, dans l’esprit shin-hanga.
Contrairement à l’ukiyo-e classique, centré sur les portraits de geishas ou d’acteurs de kabuki, les kachō-e célèbrent la nature dans ses détails les plus délicats :

  • oiseaux en vol ou posés,
  • fleurs de saison,
  • petits insectes,
  • scènes de pluie, de neige ou de vent.


Ce n’est pas une peinture purement décorative : chaque image porte une ambiance saisonnière, parfois même une charge symbolique ou poétique.
On pourrait dire que le kachō-e, c’est la version visuelle d’un haiku : concentré, évocateur, plein de silence et de suggestion.

Ohara Koson, “Lys et papillons”, estampe Shin.hanga, vers 1912.

Style et influences

Ohara Koson est formé par Shibata Zeshin, maître de la peinture décorative et du réalisme raffiné. Il s’inspire également des peintres de l’école Maruyama-Shijō, qui prônent une observation attentive du vivant et une certaine souplesse dans le trait.
Mais ce qui fait la force de Koson, c’est :

  • sa sobriété : des arrière-plans souvent neutres, pour mieux faire vibrer le sujet,
  • son utilisation subtile de la couleur, jamais criarde, souvent fondue,
  • son attention au détail, qu’il s’agisse d’une plume, d’une aile d’insecte ou d’une vibration dans l’eau,
  • son art du silence : ses images respirent. Elles laissent de l’espace, du blanc, du vide. Ce vide n’est pas un manque, mais un appel à la contemplation.
Ohara Koson, “Libellule et lotus”, estampe Shin-hanga, vers 1930.

Trois visions de l’été par Koson

1. Lotus et libellule
Dans cette estampe minimaliste, une libellule repose sur une feuille de lotus. Le fond est clair, presque vide. La tige ondule légèrement, et la libellule semble suspendue dans le temps.
Le lotus (symbole de pureté née de la boue) et la libellule (symbole de fugacité et d’agilité) condensent ensemble l’essence de l’été : un moment suspendu, fragile, intense.

Cette œuvre incarne la beauté silencieuse si caractéristique de Koson.

Ohara Koson, “Glycine et abeille”, estampe Shin-hanga, vers 1930.


2. Glycine et abeille
La glycine tombe en grappes légères, dans un mouvement presque musical. Une abeille s’en approche, ou vient d’en partir : l’instant est figé entre deux battements d’ailes.
La glycine (fuji) est une fleur de fin de printemps qui annonce l’été. L’abeille, infatigable travailleuse, incarne la vitalité de la saison chaude.
Ici, le dynamisme discret et la composition en diagonale renforcent l’impression de mouvement. L’image est simple, mais vibrante. Elle incite à la contemplation.

Ohara Koson, “Saumons sautant”, estampe Shin-hanga, vers 1930.


3. Saumon sautant
Un saumon jaillit hors de l’eau dans un arc élégant. Le fond est bleu-gris, la surface de l’eau striée de traits légers. L’œil du poisson est vif, son corps tendu vers le haut.
Ce saut symbolise à la fois la force de la nature, le cycle de la vie, et l’instant décisif. Simple, presque anodin et pourtant vital.

Koson nous offre ici une image de puissance silencieuse, sans bruit, sans éclat — juste l’essentiel : le mouvement pur.

Ohara Koson, “Gobe-mouche sur un plant de concombre”, estampe Shin-hanga, vers 1910.

Héritage d’un maître du fragile

Ohara Koson meurt en 1945, peu après la fin de la guerre. Son nom reste peu connu au Japon, mais ses œuvres rencontrent un grand succès en Occident, notamment aux États-Unis, où elles sont collectionnées dès les années 1910.
Aujourd’hui, on redécouvre son génie discret (une série d’exposition commémorant les 80 ans de la mort de l’artiste, notamment au musée Ota à Tokyo) : celui d’un artiste qui a su capter l’intensité d’un instant éphémère, sans jamais forcer le trait, en laissant toujours place au silence. Ses estampes nous rappellent que dans un monde bruyant et agité, il est bon de regarder une libellule, une fleur ou un poisson, simplement… et longtemps

Sources

(c) Le Japon avec Andrea

Le renouveau au Japon : pluie, rituels et objets saisonniers

Tsuyu, la saison des pluies

Au Japon, le mois de juin marque l’arrivée du tsuyu (梅雨), littéralement “la pluie des prunes”. A l’origine, ce kigo évoque la pluie qui tombent sur les prunes déjà mûres1, tout comme “le vent bleu du sud” (青風) évoque le vent qui passe dans les jeunes feuilles (bleues) du début d’été. Tsuyu c’est surtout des pluies intenses venues du sud et qui remontent tout le Japon pendant le mois de juin. C’est une saison particulière, enveloppée de brume, de silence mouillé et de reflets changeants. Cette période, qui dure environ un mois et demi, est frappée d’épisodes pluvieux aléatoires, voire de véritables déluges.2 Cette saison, souvent redoutée pour son humidité, est aussi synonyme de renouveau.

La pluie, loin d’être seulement un désagrément, est porteuse de sens : elle nourrit la terre, prépare les rizières, et lave symboliquement les impuretés des six premiers mois de l’année.3 Dans la tradition japonaise, cette transition humide est un moment d’équilibre entre purification, introspection et préparation de l’été

  1. Ima hajimeru hito tame no haiku saijiki, Kadokawa edition, 2022, p.130.
  2. PINON Matthieu, Une année japonaise, immersion dans le quotidien japonais au fil des douze mois de l’année, Ynnis Edition, 2017, p.35.
  3. Ibid, p.42.

Les fleurs de saison : les ajisai

Parmi les symboles les plus emblématiques de cette saison : les ajisai 紫陽花 (hortensias). Ces fleurs aux couleurs changeantes selon l’acidité du sol sont très aimées au Japon, Appréciant l’humidité, cette plante d’Extrême-Orient peut-être bleue (sol acide) à rose (sol alcalin), mais peut passer par toutes les nuances de mauves et de violets.1 Leur floraison coïncide avec les premières grandes pluies, offrant un spectacle à la fois mélancolique et profondément apaisant.2

  1. JEGU Zoé, Japon, l’Archipel aux 72 saisons, éd. Sully, 2023, p.53.
  2. Ima hajimeru hito tame no haiku saijiki, Kadokawa edition, 2022, p.208.

Le rituel de purification de mi-année : Nagoshi no Harae

Chaque 30 juin, les Japonais célèbrent le Nagoshi no Harae (夏越の祓え), un rite ancestral de purification. À cette occasion, de grands cercles de miscanthus ou roseaux de Chine (chinowa) sont installés à la verticale devant les sanctuaires shintô. Le rituel veut qu’on les traverse trois fois avant de réciter une prière pour chasser les impuretés accumulées durant la première moitié de l’année.1
C’est un moment de recentrage personnel mais aussi spirituel, où l’on exprime le désir de commencer l’été avec un esprit purifié. Il est aussi courant de remplir un petit talisman de papier représentant une silhouette humaine (hitogata), sur lequel on souffle ses impuretés avant de le jeter à la rivière ou au feu.2

  1. JEGU, p.67.
  2. Idem.


Un temps propice au repli

Le tsuyu est aussi une saison d’intimité : on ralentit, on reste chez soi, on savoure une tasse de thé en écoutant les gouttes d’eau tomber contre les tuiles. Ce climat doux favorise les activités contemplatives comme la calligraphie, la lecture ou l’écriture de haikus — souvent consacrés à la pluie, aux grenouilles, ou à l’éclosion de la nature estivale.


aogaeru onoremo penki nuritate ka *

青蛙おのれもペンキぬりたてか

elle aussi,

serait-elle fraîchement peinte

la grenouille bleue

Ryûnosuke Akutagawa

*Tiré de Schôgakusei no manga haiku jiten, éd. Gakken, p.105, traduction (C) Le Japon avec Andrea.

Explications

Ici le kigo, ou mot de saison, d’été est “grenouille bleue” (青蛙). C’est une sorte de rainette très répandue au Japon. On l’appelle aussi “grenouille de pluie” car on la voit souvent juste avant la pluie, comme si elle l’annonçait. C’est un kigo évocateur et poétique.

Si le kigo “grenouille” kaeru (蛙 ) est signe du printemps, “grenouille bleue” est associé à l’été et à la saison des pluies.

Ce haiku fait référence à l’aspect brillant que prend la peau de la grenouille sous la pluie, comme si elle avait été peinte. Ici la pluie n’est donc que suggérée et rend le jeu de perception des éléments encore plus délicat.

Un haiku doux, frais et délicat, tout ce qu’on aime!


Bonus : 5 objets japonais liés à la pluie


Pour prolonger cette ambiance, voici 5 objets traditionnels japonais étroitement liés à la saison des pluies :


1. Teru Teru Bôzu (てるてる坊主)
Une petite poupée blanche suspendue aux fenêtres pour faire venir le beau temps. Les enfants les fabriquent en papier ou en tissu, les yeux souvent non dessinés — on les ajoute seulement si le soleil revient.1


2. Kasa (傘)
Le parapluie, évidemment, mais au Japon c’est tout un art. Les wagasa (parapluies traditionnels en bambou et papier huilé) sont encore utilisés pour les festivals, tandis que les parapluies transparents modernes en vinyle sont partout.2


3. Uchiwa (団扇)
Eventail plat, rond, ovale ou carré aux bords arrondis, c’est l’accessoire incontournable de l’été japonais et des lourdes journées humides. Aujourd’hui ils sont aussi utilisé à des fins publicitaire et des versions en plastique sont distribués à la sortie des gares et stations de métro.3


4. Furin (風鈴)
Les clochettes à vent en verre, métal ou céramique. Leur doux tintement accompagne les premières brises d’été et apaise les journées pluvieuses.4


5. Geta (下駄)
Les sandales de bois japonaises, légèrement surélevées, permettent de marcher dans les flaques d’eau sans se mouiller complètement. Leur clac-clac résonne sur les chemins humides.5

  1. JEGU, p.53.
  2. PINON, p.35.
  3. VARNAM-ATKIN Stuart, Le meilleur de la culture japonaise, une vue d’ensemble illustrée, éd Sully, 2017, p.146.
  4. Ibid, p.156.
  5. Le Japon en un coup d’oeil, Kodansha Edition, 2010 , p.34.

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(c) Le Japon avec Andrea

Takeuchi Seihô : un des Maître de la Peinture Japonaise moderne

Dans le monde de la peinture japonaise, Takeuchi Seihô (1864-1942) est une figure incontournable. Représentant de l’école nihonga (peinture japonaise par opposition à la peinture occidentale), il a su marier avec subtilité les techniques classiques de son époque et une sensibilité personnelle qui le rend unique. Dans cet article, nous allons explorer l’univers de cet artiste exceptionnel, ainsi que l’impact qu’il a eu sur l’art japonais.

TAKEUCHI Seihô, Chat tigré (Madaraneko), couleurs sur soie, 1924, Yamatane Art Museum, Tôkyô.

Un Artiste au Croisement des Époques

Takeuchi Seihô est né à Kyoto en 1864, à une époque où le Japon traversait des bouleversements majeurs, notamment l’ère Meiji qui voyait l’ouverture du pays au monde extérieur. Malgré cette modernisation rapide, Seihô s’est profondément attaché aux racines de la peinture traditionnelle japonaise, qu’il a étudiée au sein de la célèbre école de peinture de Kyoto, l’Académie de Peinture de Kyoto. Son mentor, Hashimoto Gaho, était l’un des plus grands maîtres de son temps et une figure de proue du mouvement nihonga, une réponse au défi de l’art occidental tout en préservant les traditions japonaises.

Un Maître de la Nature

Seihô est surtout reconnu pour sa représentation minutieuse et poétique de la nature. Les animaux, les oiseaux et les plantes sont les sujets de prédilection de l’artiste. Sa capacité à rendre la beauté de la faune et de la flore avec une précision quasi photographique est l’une des caractéristiques qui distingue son œuvre. Mais au-delà de la technique, c’est l’émotion qu’il parvient à transmettre à travers ses représentations de la nature qui touche profondément le spectateur.

L’un des éléments les plus fascinants dans son travail est sa capacité à saisir des instants fugaces de la vie animale. Ses oiseaux sont souvent montrés dans des poses naturelles et animées, loin des poses figées que l’on trouve dans beaucoup de représentations traditionnelles.

Neige de printemps illustre à merveille son approche délicate de la nature. Cette œuvre met en scène un corbeau perché sur la proue d’un bateau, sous une chute de neige fine. Le choix du corbeau, un oiseau souvent associé à la solitude et à la persévérance dans l’imaginaire japonais, ajoute une dimension symbolique forte à la scène.

TAKEUCHI Seihô, ‘Neige de printemps’ (Shunsetsu), encre et couleurs sur soie, 1942, National Museum of Modern Art, Kyōto

Le contraste entre le plumage sombre de l’oiseau et la blancheur des flocons met en valeur la maîtrise des nuances et des textures chez Seihô. Le corbeau, légèrement voûté, semble contempler le paysage enneigé, donnant à l’ensemble une atmosphère de silence et de mélancolie. L’interaction subtile entre la rigidité de la proue du bateau et la souplesse du corps de l’oiseau, dans cette position particulière, renforce l’impression réaliste d’un moment suspendu entre mouvement et immobilité.

Seihô joue aussi avec l’espace négatif, laissant une large part de la composition vide, ce qui accentue la sensation de froid et d’immensité silencieuse. Cette utilisation du vide est typique de la peinture japonaise traditionnelle, où l’absence d’éléments superflus permet de focaliser l’attention sur l’essence du sujet.

Avec Neige de printemps, Takeuchi Seihô démontre une fois de plus son talent pour saisir l’instant, transformant une scène du quotidien en une œuvre empreinte de poésie et de contemplation.

TAKEUCHI Seihô, Poissons et fruits d’automne (Gyohi yama hate juku), couleurs sur soie, 1925, Adachi Musuem of Arts.

Une Maîtrise Technique Exceptionnelle

Seihô était également reconnu pour sa maîtrise des techniques de peinture. Dans ses œuvres, il utilise souvent de l’encre et des pigments minéraux traditionnels, mais il applique une touche de modernité dans ses compositions, en jouant avec des espacements et des éclairages peu conventionnels pour l’époque. Par exemple, dans certaines de ses peintures de fleurs ou de paysages, il parvient à capturer la lumière de manière subtile, créant un contraste doux entre l’ombre et la lumière.

Deux techniques, deux ambiances, deux paysages

1. Pink Fuji

Dans Pink Fuji, Takeuchi Seihô capture un moment fugace et presque irréel où le Mont Fuji se pare d’une teinte rosée, évoquant l’aube ou le crépuscule. Le Mont Fuji, figure emblématique du Japon et sujet récurrent dans l’art japonais, est ici traité avec une approche délicate et subtile.

TAKEUCHI Seihô, “Pink Fuji” (Beni Fuji), gravure sur bois en couleur, 1937, Collection of Seihō’s Masterwoorks (Seihō ippin shū).

Ce qui frappe immédiatement dans cette œuvre, c’est la douceur des couleurs utilisées. Seihô emploie des dégradés subtils de rose et de bleu pour représenter le jeu de la lumière sur les pentes enneigées du Fuji. Cette teinte rose donne une impression de sérénité et de légèreté, contrastant avec la majesté imposante de la montagne.

La composition est à la fois simple et évocatrice : le Mont Fuji domine la scène, isolé dans un espace presque vide, renforçant ainsi son caractère sacré et intemporel. Seihô a su exploiter la technique du vide, un principe fondamental de la peinture japonaise, pour donner une impression de grandeur et de mystère.

Par cette œuvre, l’artiste ne cherche pas seulement à représenter fidèlement la montagne, mais aussi à capturer une atmosphère et une émotion. Le spectateur se retrouve face à une image qui évoque à la fois la tranquillité, l’éphémère et le respect de la nature.

2. Pin vert et château

L’œuvre Pin vert et château (青松城, Seishôjô) de Takeuchi Seihô illustre un paysage dominé par un majestueux pin au premier plan, tandis qu’en arrière-plan, un château se dessine à travers une brume légère. Ce contraste entre la présence imposante de l’arbre et la silhouette évanescente du château donne à la composition une dynamique subtile entre solidité et évanescence.

TAKEUCHI Seihô, Pin vert et château (Seishôjô), couleurs sur soie, avant 1942.

Le pin, rendu avec des coups de pinceau à la fois précis et spontanés, traduit la force et la résilience de cet arbre souvent associé à la longévité dans l’iconographie japonaise. Son tronc noueux et ses branches aux aiguilles denses montrent l’expertise de Seihô dans l’art du sumi-e et du nihonga, où la peinture ne cherche pas seulement à reproduire la nature, mais à en capter l’essence.

Le château, en arrière-plan, semble presque irréel. Dissimulé dans la brume, il évoque les estampes japonaises du XIXe siècle où les paysages sont souvent enveloppés d’une atmosphère vaporeuse. Ici, la brume joue un rôle central, non seulement en apportant une profondeur spatiale, mais aussi en créant une sensation de rêve ou de souvenir lointain.

La composition repose sur un équilibre subtil entre présence et absence, entre matière et vide, où chaque élément semble dialoguer avec l’espace environnant. Cette approche rappelle la philosophie esthétique japonaise du yohaku no bi (la beauté du vide), où ce qui n’est pas peint est aussi important que ce qui l’est.

Comparaison entre Pink Fuji et Pin vert et château

Ces deux œuvres de Takeuchi Seihô offrent une vision contrastée de son art, oscillant entre peinture traditionnelle et impression imprimée.

AspectPink FujiPin vert et château
TechniqueImpression sur soie (ou papier)Peinture Nihonga (sumi-e et pigments)
CompositionPaysage stylisé et épuréPaysage plus détaillé avec jeux de texture
Éléments dominantsMont Fuji rose dans un ciel clairPin imposant et château voilé dans la brume
CouleursTeintes douces, dominées par le rose et le beigeContrastes plus marqués entre vert profond et gris brumeux
AmbianceOnirique, paisible et épuréeMélancolique, mystérieuse et intemporelle
Utilisation de l’espaceCiel dégagé, focus sur la silhouette du FujiSuperposition de plans, jouant sur la profondeur

Alors que Pink Fuji mise sur une esthétique minimaliste et presque symboliste, où la montagne devient une icône intemporelle, Pin vert et château privilégie une approche plus immersive, jouant avec les textures et la matérialité de la peinture pour évoquer une atmosphère.

La grande différence entre ces œuvres réside dans leur technique : Pink Fuji étant une impression, elle reflète un style plus épuré et graphique, tandis que Pin vert et château, peint à la main, exploite la richesse du geste pictural et la subtilité des dégradés d’encre et de pigments.

Là où Pink Fuji tend vers l’abstraction et l’épure, Pin vert et château s’inscrit dans la tradition picturale japonaise du paysage méditatif, où le regard se perd entre les détails de l’arbre et la douceur du lointain.

Ces deux œuvres témoignent ainsi de la polyvalence de Takeuchi Seihô, capable d’exceller aussi bien dans l’art de l’estampe que dans la peinture plus expressive et texturée du nihonga.

L’Héritage de Seihô

L’héritage de Takeuchi Seihô reste aujourd’hui encore très influent dans l’art japonais. Son respect de la tradition et sa capacité à interpréter la nature avec une telle délicatesse ont inspiré de nombreux artistes de la période Showa et au-delà. De plus, ses œuvres continuent d’être exposées dans des musées prestigieux, tels que le Musée national de Tokyo, et sont admirées tant par les passionnés de nihonga que par ceux qui découvrent cette forme d’art.

Takeuchi Seihô a prouvé qu’il était possible de renouveler les pratiques artistiques tout en restant fidèle aux traditions. Son œuvre reste un modèle de beauté et de respect de la nature, et il continue de fasciner ceux qui cherchent à comprendre l’âme du Japon à travers l’art.


Sources


(C) Le Japon avec Andrea

Les Arbres dans l’Art Japonais : Entre Esthétique et Spiritualité

L’arbre occupe une place essentielle dans l’art japonais, à la fois comme élément esthétique et symbole philosophique. Dans les estampes ukiyo-e, il joue un rôle central en structurant l’espace, en guidant le regard du spectateur et en incarnant des notions spirituelles comme le wabi-sabi (l’acceptation de l’impermanence et de l’imperfection). Cet article explore la représentation des arbres dans l’art japonais à travers des œuvres emblématiques de grands maîtres comme Hokusai et Hiroshige, en mettant en lumière leur importance dans la composition, la perspective et l’expression de la spiritualité.


1. Les arbres comme protagonistes dans les estampes ukiyo-e

Dans les estampes ukiyo-e, les arbres sont bien plus qu’un simple décor : ils sont souvent les véritables protagonistes des scènes représentées. Les maîtres de l’estampe ont su leur donner une présence vivante et expressive, leur conférant une force symbolique qui dépasse leur simple fonction esthétique.

C’est particulièrement frappant dans certaines œuvres d’Utagawa Hiroshige, où l’arbre capte toute l’attention du spectateur. Dans Le pin de la lune à Ueno (Ueno Yamauchi Tsuki no Matsu, 1857, n°89 de Cent vues célèbres d’Edo), un majestueux pin se dresse au premier plan, ses branches incurvées formant un cadre naturel qui guide le regard vers le paysage lointain. Symbole de force et d’immortalité dans la culture japonaise, ce pin séculaire semble veiller sur la ville endormie sous la lumière du crépuscule. Ce pin devenu centre du tableau prend toute la place et relègue au second plan le vrai centre d’attraction de l’estampe qui est le sanctuaire de Benten que l’on distingue à peine dans coin inférieur droit de l’image. Ce qu’encadre le pin est en réalité le quartier de résidence des daimyô.1

Un autre pin, tout aussi impressionnant, occupe le centre de la composition dans Le pin pour suspendre une armure à Hakone (Hakone Sanchū Yoroikake no Matsu, 1855, n°26). Accroché aux reliefs escarpés de la montagne, ce pin légendaire, nous raconte une histoire légendaire : celle du guerrier Hachimantaro Yoahiie (1041-1108), grand capitaine de l’armée japonaise à la fin de l’époque Heian (794-1185), qui pourchassant le rebelle Abe-no Sadato (1019-1062), s’arrêta sur cette colline et enleva son armure qu’il suspendit aux branches du pin.2 A l’époque de Hiroshige, ce pin était déjà connu pour ses dimensions extraordinaires (une vingtaine de mètres de hauteur et une largeur qui pourrait “contenir un boeuf entier”), mais Hiroshige ne s’intéresse pas à la précision documentaire et adapte la forme de l’arbre. Il le représente plus fin et lui donne une courbe où l’on peut voir un crochet, rappelant ainsi subtilement la légende associée à cet arbre.3 Le pin domine la partie centrale de la composition tandis que voguent plusieurs voiliers sur l’eau calme de la baie d’Edo. Sous les pins on aperçoit des voyageurs empruntant la fameuse route du Tôkaidô reliant Edo à Kyoto. Chacun vaque à ses occupations sous la présence imposante et rassurante du pin légendaire.

Un troisième exemple, peut-être l’un des plus célèbres, avec Le jardin de pruniers à Kameido (Kameido Ume Yashiki, 1857, n°30), où un prunier aux branches noueuses s’impose au premier plan. Connu sous le nom de Garyûbai (« prunier du dragon couché »), il étire ses rameaux fleuris dans une composition audacieuse, emplissant presque toute l’image. Avec ses fleurs délicates contrastant avec son tronc tourmenté, il incarne la résilience et le renouveau, une symbolique chère à l’esthétique japonaise. Cet arbre n’a pas survécu à l’inondation de 1880, mais on y trouve encore une stèle commémorative. Cette estampe est connue pour avoir influencé Vincent Van Gogh et avec lui l’art occidental, grâce à sa composition et à son rythme émotionnel considéré comme typiques de l’art japonais.4

À travers ces œuvres, Hiroshige donne aux arbres une véritable présence vivante : plus que de simples éléments du paysage, ils deviennent des témoins du temps, porteurs de mémoire et de symboles profonds.

  1. OUSPENSKI Mikhail, Hiroshige, Cent vues d’Edo, éd. Parkstone Press International, New York, 2008, p.195.
  2. Ibid, p.68.
  3. Idem.
  4. Ibid, p.76..

2. L’arbre, un élément d’équilibre et de perspective

L’art japonais accorde une importance primordiale à l’équilibre des formes et des espaces, et les arbres jouent souvent un rôle clé dans la structuration des compositions. Ils servent à organiser la perspective, à orienter le regard du spectateur et à créer un dialogue visuel entre les différents éléments du paysage. Les arbres sont souvent bien plus que de simples éléments du décor : ils participent activement à la construction de l’espace et à l’ambiance de la scène.

Dans l’estampe Le lac Suwa dans la province de Shinano (Shinshū Suwa-ko), oeuvre issue de la série Trente-six vues du mont Fuji de Katsushika Hokusai, en est un exemple frappant. Au premier plan, un arbre massif aux branches puissantes et torturées s’étire en diagonale, encadrant la vue sur le lac et sur les montagnes en arrière-plan. Son tronc robuste et ses feuillages épars créent un contraste avec la douceur des eaux et la tranquillité du mont Fuji, visible au loin. Cet arbre joue un rôle fondamental dans la composition : il sert à guider le regard du spectateur à travers l’image, tout en ajoutant une profondeur et une dimension sculpturale à la scène. Jouant sur la diagonale et l’effet de symétrie, Hokusai s’assure que le spectateur voie toute l’image et pas seulement le Mont Fuji. À travers cette œuvre, Hokusai met en évidence la puissance de la nature et son interaction avec le paysage, transformant l’arbre en un élément structurant et narratif au cœur de la composition.

Dans Pluie soudaine à Shono (Shono haku-u), une planche issue de la série Les cinquante-trois stations du Tôkaidô (1833–1834) d’Hiroshige, les arbres bordant la route accentuent la dynamique du vent et de la pluie tout en suggérant la profondeur grâce au traitement des couleurs. S’effaçant petit à petit, avalés par les torrents de pluie, les branches penchées des arbres donnent l’impression que les voyageurs luttent contre les éléments, renforçant l’aspect narratif et émotionnel de l’image. Ici, l’arbre devient un indicateur du climat et participe à la narration visuelle, un procédé fréquemment utilisé dans l’ukiyo-e.


3. L’arbre et le concept de wabi-sabi

Dans la philosophie japonaise, l’arbre est souvent associé au wabi-sabi, cette esthétique qui célèbre la beauté de l’imperfection et de l’éphémère. Les saisons, qui transforment le paysage, sont un élément clé de cette vision du monde, et les arbres en sont les principaux témoins.

Dans Les érables rouges à Mama près du sanctuaire Tekona-no yashiro et le pont Tsugihashi (Mama no Momiji Tekona no yashiro Tsugihashi, n°94 de Cent vues célèbres d’Edo, 1857) Hiroshige capture l’automne dans toute sa splendeur avec des érables flamboyants dominant la scène. Leurs feuillages écarlates contrastent avec le pont en bois et la rivière en contrebas, créant une composition vibrante et immersive. Ces érables ne se contentent pas d’apporter une touche de couleur : ils sont les véritables protagonistes de l’image, symbolisant le changement inéluctable des saisons et la beauté éphémère de la nature. Ici l’évocation est aussi poétique car le sanctuaire Tekona-no yashiro et toute la région alentours sont associés à une légende citée dans le Man’yoshuû (première anthologie poétique japonaise du milieu du VIIIe siècle). Une jeune paysanne à la beauté renversante ne pouvant plus supporter d’être la cause de querelle entre les hommes honorables finit par se jeter à l’eau près de sa maison à Mama. Un temple fut érigé non loin de là au XVIe siècle.1 L’interprétation au premier et au second degré de cette oeuvre renforce sa puissante évocation du concept de wabi-sabi et invite le spectateur à vivre l’instant présent.

D’un autre côté, Cerisiers en fleurs le long de la rivière Tama-gawa (Tamagawa tsutsumi no hana, n°42 de Cent vues célèbres d’Edo, 1856) célèbre la douceur du printemps. Hiroshige représente une rangée de cerisiers en pleine floraison, bordant paisiblement la rivière Tama. Le regard du spectateur suit la courbe délicate des arbres, dont les branches alourdies par les fleurs semblent caresser le ciel. Ces cerisiers en fleurs incarnent la fragilité et la splendeur fugace de la vie, une thématique profondément ancrée dans la culture japonaise et illustrée chaque année par le hanami, la contemplation des cerisiers en fleurs. Au delà de sa splendeur et de sa popularité, le cerisier en fleurs est donc un élément socio-culturel fondamental. Ici, le quartier représenté est celui de Shijuku qui à l’époque de Hiroshige était un des quartiers les plus animés d’Edo et l’occasion de parties de plaisir en plein air privilégiées. Cet aspect est représenté par les différents personnages flânant le long du fleuve, profitant ainsi de la beauté éphémère des fleurs mais aussi de la vie elle-même.2

À travers ces estampes, Hiroshige ne se contente pas de représenter la nature : il en saisit la poésie et la temporalité, transformant les arbres en de véritables narrateurs du temps qui passe tout en célébrant la beauté éphémère de la nature.

  1. OUSPENSKY, p.204.
  2. Ibid, p.100.

Les arbres dans l’art japonais ne sont pas de simples éléments décoratifs, mais des acteurs à part entière des compositions. Ils structurent l’espace, expriment des émotions et véhiculent des concepts philosophiques et spirituels profonds. À travers les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige, nous voyons comment les arbres participent à l’équilibre esthétique des images, tout en reflétant des notions aussi variées que l’impermanence des saisons, la contemplation silencieuse et la connexion entre l’homme et la nature.

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(c) Le Japon avec Andrea

Obon, entre recueillement et divertissement

Célébrer les ancêtres au Japon

Fête importante au Japon, le Obon est célébré tous les ans autour du 15 août. Selon les régions, la date de la fête change, mais les coutumes restent assez similaires.

En général, les Japonais profite de ces quelques jours fériés pour rentrer dans leur ville ou village natal. En famille, ils se rendent sur les tombes de leurs ancêtres, nettoient les pierres tombales et y déposent des offrandes, le plus souvent des fleurs et de l’encens.

La coutume veut que l’on allume dans son jardin ou devant sa maison une lanterne (mukaebi) afin de guider les esprits des ancêtres jusque leur maison. On fera la même chose à la fin des festivités pour raccompagner les ancêtres sur le chemin de l’au-delà (okuribi). Les lanternes ont une place importante dans tous les festivals japonais, mais ici il y a vraiment la notion d’accompagnement : s’assurer que les esprits arrivent à bon port mais aussi (et surtout) qu’ils retrouvent le chemin pour repartir !

Sur l’autel familial, on prendra soin de déposer des offrandes, souvent de la nourriture, mais aussi des fleurs, de l’encens et même deux petites figurines particulières : un concombre et une aubergine flanqués de cure-dents.

Le concombre représente un cheval que pourront monter les esprits pour venir vite, alors que l’aubergine représente une vache, pour que les esprit repartent lentement afin de faire leur adieux, mais aussi parce qu’ils sont chargés d’offrandes. J’aime beaucoup ces petits aspects très concrets qui viennent donner de la profondeur à chaque rituel, chaque petit geste, répété inlassablement.

Un autre élément qui revient souvent, c’est le physalis. Cette plante, dont le calice laisse apparaitre le fruit rouge-orange au fur et à mesure que le temps passe, fait tellement penser à une lanterne qu’au Japon on l’appelle hoozuki (鬼灯) soit “lanterne-esprit”.

Vient ensuite le temps de la fête ! On sort pour voir défiler danseurs et tambours et on rejoint la foule qui danse dans les rues et les ruelles illuminés dans la nuit par des centaines de lanternes. Comme dit le refrain : “Que tu danses ou non tu es fou, alors autant danser!”. Cette ritournelle invite chacun à se joindre au groupe de danseurs afin de vivre pleinement ce festival joyeux et coloré mêlant recueillement, célébration et divertissement.

Le Obon à Genève en 2024

Cette année j’ai été invitée par le service des pompes funèbres de la Ville de Genève à animer un atelier de confection de lanternes flottantes dans le cadre du festival Obon organisé le 31 août (fig.1). Destiné aux enfants, cet atelier convivial m’a permise de parler des gestes et rituels typique de cette fête populaire, à commencer par le port du yukata (fig.2), mais aussi les différentes offrandes sur l’autel familial, le concombre et l’aubergine (fig.3) et bien sûr, les lanternes (fig.4-6).

Ce moment de créativité joyeuse nous a amené jusqu’à l’étang du cimetière Saint-Georges (fig.7), accompagné par les flûtes et les tambours, étang où nous avons laisser les lanternes voguer au gré de l’eau (fig.8, 9).

Quel beau moment et quelle magie de revenir à la nuit tombée admirer la danse des lanternes dans l’obscurité (fig.10-13).

La fête a ensuite battu son plein au rythme des danses (Atelier Nihon-Buyô Genève) et des tambours (Rémi Taiko) invités pour l’occasion. Une expérience rare de festival japonais au cœur de Genève!

Si tu n’as pas eu l’occasion de participer, j’envisage de faire un atelier lanterne à l’espace Gaimont pour accueillir l’automne. Si tu es intéressé.e n’hésite pas à me faire signe !

Bibliographie

Les ouvrages avec une * sont adaptés aux enfants de 6-8 ans.

  • IZUMI et LEBLANC Sophie (illustratrices), Bienvenue au Japon*, éditions MILAN, Toulouse, 2009.
  • JEGU Zoé, Japon, l’archipel aux 72 saisons, éditions Sully, Vannes, 2023.
  • LOIRET Guillaume, Le Japon: un pays, des hommes, une culture*, éditions MILAN, Toulouse, 2015.
  • MESSAGER Alexandre, Aoki, Hayo et Kenji vivent au Japon*, éditions de La Martinière, Paris, 2006.
  • PINON Matthieu, Une année japonaise : immersion dans le quotidien japonais au fil des douze mois de l’année, Ynnis Edition, Paris, 2017.
  • VARNAM-ATKIN Stuart, Le meilleur de la culture japonaise, une vue d’ensemble illustrée, éditions Sully, Vannes, 2017.

Textes et images sont soumis au droit d’auteur. (C) Le Japon avec Andrea, tous droits réservés.

3 livres à apprécier sous le parasol

C’est l’été. C’est le moment de s’autoriser de longue heures de lecture. Voici mes 3 livres fétiches du moment. Les 2 premiers je te les ai déjà présentés une fois ou l’autre, mais je les aime vraiment beaucoup! Le dernier je l’ai reçu pour mon anniversaire et je l’ai lu d’une traite… sur le transat au bord de la piscine!

Bon plan

Si tu n’as pas envie d’acheter ces livres (ou que tu les as déjà lu…), n’hésite pas à aller faire un tour dans la bibliothèque la plus proche de chez toi, tu y trouveras surement quelques livres japonais à ton goût.

Interminablement la pluie

Nagai Kafû

Lors, plus que le vent et plus que la lune, et plus que le chant des insectes, il n’est sans doute pour celui qui vit seul rien d’aussi douloureux que la pluie. […]

“Ainsi, quand la pluie frappe les fenêtres. coule le long de l’auvent, dégoutte sur les arbres et lave les bambous, son écho l’emporte, pour émouvoir le cœur des hommes, sur le vent qui crie dans les arbres et sur l’onde qui suffoque dans les précipices. La voix du vent est voix de courroux, la voix de l’onde est de sanglots. Mais la voix de la pluie ne se courrouce ni se lamente; simplement elle se raconte et elle se confie. Depuis mille générations, le cœur humain reste le même, et qui donc, par une nuit solitaire, en écoutant de son oreiller le son de cette voix, ne se sentirait envahir par la mélancolie? […]” *

Un des premiers auteurs japonais que j’ai lu et qui a radicalement influencé mon amour pour le Japon. Un retour sur ce Japon d’Edo à travers le regard d’un passant nostalgique qui peine à accepter le nouvel air de la Restauration de Meiji et qui préfère discuter poésie et solitude.

Viens flâner dans les ruelles avec Kafû et respirer l’air d’un temps révolu, qui n’existe plus que dans les livres…

L’amour, la mort et les vagues

Yasushi Inoue

“Ah, ce coin a l’air parfait!” pensa Sugi en arrêtant son regard sur un endroit, tout à fait à gauche de la grande falaise. Il y avait là des pins au-dessus desquels voletaient quatre ou cinq petits oiseaux de mer dont il ne connaissait pas le nom. Brusquement, ils repliaient leurs ailes et le laissaient tomber en ligne droite une dizaine de fois. Comme ils piquaient en plein sur les rochers, on pouvait croire qu’ils allaient s’y fracasser, mais ils faisaient volte-face, remontaient en décrivant un arc de cercle, puis plongeaient en vrille un peu au large de la bande d’écume.

“Vraiment idéal!” pensa Sugi. C’était la première fois qu’il se réjouissait d’avoir trouvé un endroit convenable pour se donner la mort; soulagé, il se mit à fumer.**

Juste incroyable! Tout l’art de Yasushi INOUE dans ces trois nouvelles toutes aussi surprenantes les unes que les autres. Trois histoires d’amour un peu étranges, un peu à côté, un peu pas comme on les imagine dans les romans… Tu seras à la fois charmé.e, intrigué.e, et bien sûr surpris.e par la chute de chacune de ces histoires où la vie aura finalement toujours le dernier mot.

La bibliothèque des rêves secrets

Michiko Aoyama

“Sirotant le café qui m’avait été servi, j’ai attrapé un livre en exposition. L’employée était retournée à la caisse. Je me suis dit qu’un moment de détente ici en compagnie des chats me suffisait : je pouvais rentrer chez moi.

Le chat, muni d’un collier orange, qui dormait tout à l’heure sur le coussin, a bondi sans un bruit. Il s’est aussitôt assis, agitant la queue. Nos regards se sont croisés.

“Tu es venu exprès pour savoir ce qui se trouve au-delà du rêve, non?”

L’impression qu’il me parlait m’a bouleversé.”***

Un livre doux, chaleureux, précieux. Un roman qui donne au livre un pouvoir magique, celui de changer le cours de sa vie. A travers le point de vue de 5 personnes aussi différentes qu’attachantes, nous est offert un tableau vivant de la vie au Japon, entre pression sociale, travail, vie de famille et des choix que chacun doit faire à un moment ou un autre afin de privilégier son bonheur ou sa carrière. Loin d’être lourd ou déprimant, l’accent est plutôt mis sur la surprise qui nous attend tous au détour du chemin, quand soudain un passage inattendu s’ouvre sous nos pieds. Une découverte !

As-tu déjà lu ces livres? Est-ce que toi aussi tu as des livres japonais fétiches?

Au plaisir de lire tes commentaires !

………….

* KAFÛ Nagai, Interminablement la pluie, éd. Picquier, Paris, 1994, p.52-53.

** INOUE Yasushi, La mort, l’amour et les vagues, éd. Philippe Picquier, Paris, p. 11.

*** AOYAMA Michiko, La bibliothèque des rêves secrets, éd. Nami, Paris, 2022, p.119.

Stage cuisine / les saveurs de l’été japonais

Cet été je t’emmène au Japon sans besoin de passeport et surtout en évitant la chaleur étouffante de l’été nippon…

Rendez-vous du 1er au 5 juillet à l’espace Gaimont pour découvrir ou explorer les saveurs de l’été japonais à travers des plats populaires et faciles à réaliser.

Viens explorer les saveurs délicates de la cuisine d’été japonaise !

Découvrez l’art culinaire japonais et laissez-vous transporter par des saveurs uniques sans quitter votre cuisine. “Les Saveurs de l’Été Japonais” est un stage de cuisine exceptionnel qui vous fera voyager à travers des plats traditionnels et rafraîchissants, parfaits pour l’été.

Au menu :

Lundi : Zarusoba et Tofu Soyeux Garni

Découvrez les zarusoba, des nouilles froides au sarrasin servies avec une sauce au sésame maison. Ce plat rafraîchissant est un incontournable des étés japonais, parfait pour combattre la chaleur. En accompagnement, le tofu soyeux garni est une délicatesse légère et savoureuse. Les zarusoba sont souvent consommées lors des festivals d’été au Japon, notamment pendant le Tanabata.

Mardi : Takoyaki et Daikon Mariné

Apprenez à préparer des takoyaki, ces délicieuses boulettes de pâte garnies de morceaux de poulpe, typiques des stands de rue japonais. Ces petits délices croustillants à l’extérieur et fondants à l’intérieur sont très populaires lors des matsuri, les festivals de rue japonais. Croquant et légèrement sucré, avec une touche acidulée, le takuan (daikon mariné) est un accompagnement traditionnel qui aide à nettoyer le palais entre les bouchées et à faciliter la digestion.

Mercredi : Somen et Crudités

Régalez-vous avec des somen, des nouilles fines froides servies avec une sauce mentsuyu maison. Ce plat léger et rafraîchissant est parfait pour les journées chaudes d’été. Les crudités et la pastèque qui l’accompagnent apportent une touche de fraîcheur supplémentaire. Les somen sont souvent associés au Nagashi Somen, une activité estivale amusante où les nouilles sont servies dans des gouttières de bambou.

Jeudi : Onigiri et Accompagnements d’Été

Préparez des onigiri rafraîchissants, ces boulettes de riz garnies et enveloppées d’algue nori. Ils seront accompagnés de délicieux plats d’été comme l’aubergine au miso et les tsukemono de concombre (légumes en saumure). Les onigiri sont des éléments de base des pique-niques et des bento japonais, parfaits pour un repas en extérieur.

Vendredi : Tempura de Légumes et Crevette, Glace au Matcha

Terminez la semaine en beauté avec des tempura de légumes et crevette, des beignets légers et croustillants qui sont un véritable régal. En dessert, savourez une glace au sésame maison, une douceur crémeuse et unique qui conclura parfaitement ce voyage culinaire. La tempura, un art délicat de la friture, est une technique appréciée dans toute la cuisine japonaise, souvent servie dans les restaurants spécialisés.

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Détails du stage :

  • Dates : Du 1er au 5 juillet 2024
  • Heures : De 18h30 à 20h30
  • Lieu : Espace Gaimont (9 ch. Gaimont, 1213 Petit-Lancy)
  • Prix : 230 CHF par personne
  • Adultes & adolescents dès 14 ans

Pendant ces cinq ateliers, je partagerai avec toi ma passion pour le Japon et mes astuces pour rendre ces plats aussi faciles que délicieux. Chaque session sera une nouvelle aventure culinaire où le plaisir gustatif est garanti.

Si tu as participé au stage 2023, saches que j’ai varié les recettes !

Pourquoi participer ?

  • Immersion culinaire : Plongez dans l’univers de la cuisine japonaise avec des recettes authentiques et délicieuses.
  • Convivialité : Partagez un moment agréable et enrichissant avec d’autres passionnés de Japon et de cuisine.
  • Expertise : Profitez de conseils personnalisés et de techniques de cuisine que vous pourrez facilement reproduire chez vous.

Réserve dès maintenant ta place pour ce voyage culinaire unique et fais de ta table un véritable hommage aux saveurs japonaises de l’été.

Contact

Andréa Villat

lejaponavecandrea@gmail.com

077 471 40 85

Rejoins-nous à l’Espace Gaimont pour une expérience culinaire inoubliable !